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mercredi 20 août 2014

Cinq dimensions de l'insertion professionnelle en enseignement

L’insertion professionnelle est un concept polysémique et surtout, il renvoie à des univers et à des critères variés selon que l’on adopte une perspective économique, sociologique, psychologique, managériale ou autre. Or, à la suite de plusieurs mutations du marché du travail et de transformations survenues dans le monde des professions, l’étude de l’insertion requiert plus que jamais une dynamique appuyée sur différentes approches. De plus, il semble y avoir un certain consensus à l’effet que l’insertion professionnelle n’est pas un événement instantané ni une simple transition d’un rôle à un autre mais plutôt un processus graduel et, à bien des égards, multidimensionnel, qui peut s’étendre sur plus ou moins les sept premières années de service. Le caractère multidimensionnel de ce processus se comprend de plusieurs façons. Ainsi, par exemple, on peut dire que le débutant doit traverser trois frontières : la frontière inclusive qui concerne l’acquisition de la culture professionnelle et l’appartenance au groupe ; la frontière fonctionnelle qui vise l’acquisition de l’efficacité dans le travail et enfin, la frontière hiérarchique qui concerne la reconnaissance professionnelle et sociale. On peut dire aussi que l’insertion professionnelle comporte cinq dimensions interdépendantes et complémentaires. La première dimension correspond à l’intégration en emploi et renvoie aux conditions d’accès et aux caractéristiques des emplois occupés. C’est la dimension économique de l’insertion et à cet égard, les aspects tels que le délai d’attente de l’emploi, le statut, la durée et la stabilité d’emploi ainsi que le salaire sont pris en compte. L’accès à l’emploi est en quelque sorte le point de départ de toute insertion professionnelle. La deuxième dimension concerne l’affectation spécifique et les conditions de la tâche, notamment en ce qui concerne la nature, les composantes et l’organisation de la tâche, le lien entre la tâche spécifique et le champ particulier de formation, la stabilité de tâche et de milieu, la charge de travail, etc. En fait, il ne suffit pas d’avoir un emploi, encore faut-il considérer les tâches assignées et les conditions de travail dans lesquelles les recrues exercent leur fonction. La troisième dimension réfère à la socialisation organisationnelle. En effet, il ne suffit pas de considérer la prise de fonction, il faut aussi s’interroger sur le type d’organisation et de culture dans lesquels le nouvel enseignant est appelé à travailler et à s’intégrer. L’enseignant novice n’est pas nouveau seulement dans la profession, il est nouveau aussi dans une organisation scolaire en particulier, qui a ses caractéristiques, sa culture, ses valeurs, ses règles de fonctionnement, ses attentes, etc. Il doit donc s’intégrer à son nouveau milieu de travail, s’adapter au système existant et acquérir les connaissances sociales et procédurales essentielles lui permettant de se faire accepter au sein de l’organisation, d’y assumer un rôle et d’y participer en tant que membre. Bref, suivant la perspective de la socialisation organisationnelle, l’adhésion de l’enseignant débutant à la culture organisationnelle de son nouveau milieu d’accueil, la familiarisation avec ce milieu, à la fois sur le plan physique et organisationnel, sur le plan social, et sur le plan philosophique et politique, constituent un enjeu majeur de l’insertion professionnelle. Mais la transition est loin d'être simple car entrer dans la carrière est un processus éminemment social qui implique des interactions multiples et complexes entre les nouveaux enseignants et les autres membres de l’organisation scolaire d’accueil. À ce propos, le milieu joue un rôle capital dans la transition et dans l’acquisition du sentiment d’accomplissement et de compétence. Bref, l’adhésion de l’enseignant débutant à la culture organisationnelle de son nouveau milieu d’accueil, la familiarisation avec ce milieu, à la fois sur le plan physique et organisationnel, sur le plan social, et sur le plan philosophique et politique, constituent un enjeu majeur de l’insertion professionnelle. La quatrième dimension renvoie à la «professionnalité», c’est-à-dire à l’adaptation et la maîtrise du rôle professionnel, par le développement des savoirs et compétences spécifiques au métier. Il s’agit, dans le cas des enseignants, du savoir « faire la classe », de devenir efficace et efficient dans les diverses facettes du travail. On parle donc d'un processus d’apprentissage du métier, de développement professionnel où le débutant devient peu à peu compétent. L’acquisition des compétences pédagogiques et didactiques apparaissent donc au cœur du processus d’insertion professionnelle. La cinquième dimension renvoie à la dimension personnelle et psychologique. Il faut reconnaître que l’insertion professionnelle n’implique pas seulement un apprentissage au plan cognitif. C’est aussi une expérience humaine et émotionnelle qui peut être plus ou moins stressante ce qui veut dire que la manière dont la nouvelle recrue fait face émotionnellement à sa nouvelle situation et interprète les événements qu’il vit est déterminante. La dimension personnelle et psychologique réfère donc aux aspects émotionnels et affectifs de l’insertion. Plus concrètement, l’insertion professionnelle comporte des enjeux de gestion émotionnelle (choc de la réalité, craintes diverses, désillusion, stress), d’accomplissement personnel, de développement de soi, notamment en lien avec la confiance en soi, l’estime de soi, le sentiment d’efficacité personnelle, ses représentations du métier et son engagement professionnel (motivations, persévérance, implications).
Références :
Portelance, L., Martineau, S., Mukamurera, J. (Dir.) (2014). Développement et persévérance professionnels dans l’enseignement. Oui, mais comment ? Québec : PUQ. 242 pages.
Lacourse, F., Martineau, S., Nault, T. (Dir.) (2011). Profession enseignante. Démarches et soutien à l’insertion professionnelle. Anjou : CEC. 191 pages.
Portelance, L., Mukamurera, J., Martineau, S., Gervais, C. (Dir.) (2008). L’insertion dans le milieu scolaire : une phase cruciale du développement professionnel de l’enseignant. Québec : PUL. 276 pages.

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