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mardi 15 octobre 2019

Contre les idéologues déguisés en intellectuels


Bien que rédigé il y a presqu'un siècle et bien que le paysage idéologique a considérablement changé, l'ouvrage de Julien Benda demeure intéressant à lire non seulement pour ce qu'il nous apprend sur le contexte de l'époque (la fin des années 1920) mais aussi sur ce qu'il donne à penser pour aujourd'hui. Assurément l'auteur a des positions souvent trop tranchées. Évidemment, on ne peut souscrire à toutes ses idées et certaines sont pour le moins discutables. Mais ce livre est toujours une source d'inspiration pour qui souhaite résister aux idéologues de tous poils déguisés en penseurs sérieux. 

Benda, J. (2003). La Trahison des clercs. Paris : Grasset. Collection Les Cahiers rouges. Paru pour la première fois en 1927 et réédité avec une préface inédite en 1946.

mercredi 9 octobre 2019

Inculte

On est toujours l'inculte de l'autre, certains devraient s'en rappeler.

Profondeur

La profondeur d'une pensée se vérifie notamment par la prudence et l'humilité qui la caractérisent.

Des intellectuels ?

Le problème avec les  « intellectuels » médiatiques c'est qu'ils d'abord médiatiques.

mardi 8 octobre 2019

Impossibilité de croire

Depuis des milliers d'années, l'humain fait tout ce qu'il peut pour qu'il soit impossible de croire en lui.

Héritiers

Nous sommes des héritiers de l'histoire quoi que nous disions ou fassions.

jeudi 3 octobre 2019

Des universités entreprises

Les universités d'aujourd'hui valorisent beaucoup moins le savoir que le rendement.

Prêt-à-penser

À force de se prendre pour une entreprise, le chercheur en vient à ne produire que du prêt-à-penser.

Vaine recherche

En délaissant la culture, le savant a cru pouvoir trouver la vérité.

lundi 23 septembre 2019

Le vide

À se nourrir du vide que nous propose l'industrie du diverstissement, on devient vide soi-même.

Le temps qui manque

Le temps nous manque tout le temps jusqu'à ce que le temps soit écoulé totalement.

Une carrière qui va mal

De plus en plus la carrière de professeur d'université n'a que peu avoir avec la recherche désintéressée de la connaissance.

Ineptie

Il y a dans la folie humaine quelque chose de grandiose mais aussi de profondément inepte.

vendredi 20 septembre 2019

Un oubli majeur

À force de se prendre pour objet d'étude, l'être humain a oublié qu'il n'est pas une chose.

mercredi 18 septembre 2019

Bousiller

En voulant tout dominer, l'être humain en est venu à tout bousiller.

jeudi 12 septembre 2019

Herméneutique et recherche savante

L’herméneutique – à tout le moins celle proposée par Gadamer – nous apprend que la compréhension d’un phénomène est fonction de notre situation présente où s’expriment nos intérêts. C’est dire que la compréhension ne part jamais de rien, car elle se produit sur la base d’une précompréhension, ce que Gadamer nomme une structure d’anticipation. Cette dernière repose sur une tradition de pensée et cette tradition modèle les préjugés de chacun. Selon le philosophe allemand, en vertu du principe du « travail de l’histoire », nous appartenons à une tradition historique, et c’est à partir d’elle que nous abordons le monde. Nos interprétations ne sont donc pas neutres, mais toujours influencées par la tradition à laquelle nous appartenons et qui forme la substance de nos préjugés. En fait, la tradition est à la fois ce qui limite notre compréhension et ce qui la rend possible. Elle est la condition de notre compréhension du monde dans le sens où nous ne comprenons quelque chose qu’à partir d’une précompréhension, laquelle renvoie à notre inscription dans une histoire. Or, cette histoire n’est pas neutre, elle a un effet dans le temps qui se fait sentir et qui modèle notre manière de percevoir et de ressentir. En ce sens, notre histoire (individuelle et collective) conditionne d’avance ce qui sera un objet digne d’attention. Par exemple, en recherche, certains objets d’études, certains questionnements, s’imposent comme légitimes, comme particulièrement pertinents. Une véritable tradition de recherche se construit alors autour de ces objets et de ces questionnements. Ainsi, pour Gadamer, avant d’être un processus subjectif, la compréhension est essentiellement une insertion dans une tradition. L’histoire et la tradition ne sont toutefois pas des freins à la pensée, elles sont plutôt des tremplins à partir desquels nous dialoguons avec le monde. La compréhension du monde est fondamentalement dialogique. Plus précisément, la compréhension et le langage présentent la structure dialogique de la question et de la réponse. Alors, comprendre apparaît comme un processus de dépassement d’une compréhension préalable afin de proposer une nouvelle interprétation d’un phénomène. Ce dépassement vient s’inscrire lui-même dans la tradition. Se noue alors un dialogue entre la tradition et soi, dialogue qui, conduit par la raison, mène à l’élaboration de nouveaux savoirs. Dans un certain sens, c’est de cette façon qu’émergent de nouveaux phénomènes à investiguer, que se construisent de nouvelles disciplines de recherche, que se développent des théories inédites et, partant, que se bâtissent des traditions d’écriture scientifique spécifiques. On l’aura compris, à la suite de Gadamer, nous ne pouvons adhérer à une vision positiviste de la science, car notre relation à la culture, à l’histoire, au social est fondamentalement celle d’une appartenance. Nous sommes exposés à l’histoire; le passé se conserve malgré ses transformations et nous parle à travers la tradition (qui ne doit pas être confondue avec la nostalgie d’un monde ancien). Cette tradition doit être passée au crible de l’analyse critique, car elle englobe aussi les idéologies parfois aliénantes, comme le disait judicieusement Habermas. Nous pensons le monde à partir de notre situation, notre vision est donc toujours finie, mais l’horizon qui est le nôtre se déplace avec nous.  Ce qui fut horizon du passé peut rencontrer l’horizon du présent : ce que Gadamer appelait « fusion des horizons ». En proposant l’idée de fusion des horizons, Gadamer réfute à la fois l’objectivisme, qui ne se pense pas comme conscience historiquement ancrée, et l’idéalisme de type hégélien, qui pense l’histoire comme horizon unique, l’histoire comme avènement de la Raison. Cette fusion des horizons est possible du fait que l’individu est conscient d’être exposé aux effets du monde et que les productions concernant ce monde agissent dans ses actes de compréhension. La tradition est continuellement comprise à partir de l’horizon du présent, elle est réinterprétée par rapport à notre situation présente. Pour nommer ce processus, Gadamer parle d’application. Bien qu’elle agisse sur nous, nous ne subissons pas simplement la tradition, nous agissons plutôt sur elle et, ce faisant, nous agissons sur nous (l’application au sens où l’entend Gadamer). De la sorte, si nous ne sommes jamais de parfaits innovateurs, nous ne sommes pas non plus de simples suiveurs. En définitive, si la compréhension est conditionnée par une tradition historique et celle-ci vient à nous à travers une langue, la langue n’est donc pas un outil neutre, extérieur à l’interprète, mais le vecteur par lequel passent les traditions interprétatives (et cela se vérifie tout particulièrement dans les approches qualitatives). Certes nous parlons une langue, mais on peut dire aussi que celle-ci parle en nous. Dans la langue, nous retrouvons le patrimoine de connaissances avec lequel nous pouvons questionner et penser le monde. Le langage détermine à la fois le processus et l’objet de la compréhension. Il détermine le processus car comprendre c’est, pour l’essentiel, donner du sens au moyen des mots à notre disposition. Le langage détermine aussi l’objet de la compréhension car un objet ne peut être appréhendé qu’en ayant recours au langage. Si on applique ce qui précède à la recherche qualitative, on comprend que l’écriture de celle-ci est bien plus qu’une question d’outils. Écrire la recherche – et la problématique qu’elle implique – c’est adhérer – et donc proposer – une certaine vision de la science, voire du monde ; c’est aussi, nécessairement, produire du sens en sachant que celui-ci se construit dans et par le langage.

mercredi 11 septembre 2019

Complicité et indifférence

«Les hommes sont complices de ce qui les laisse indifférents.»

Steiner, Georges (2010). Langage et silence. Paris : Les Belles Lettres.  Nouvelle édition revue et augmentée. Édition originale parue en anglais en 1967, p. 147.

lundi 9 septembre 2019

La parlote généralisée


« Notre culture est le règne de la parlote. »

Steiner, Georges (2010). Langage et silence. Paris : Les Belles Lettres.  Nouvelle édition revue et augmentée. Édition originale parue en anglais en 1967, p. 75.

Sans avenir

Un monde qui se croit revenu de tout est un monde sans avenir.

Science et sagesse

Il ne peut y avoir de science que dans le questionnement, il ne peut y avoir de sagesse que dans l'humilité.

vendredi 6 septembre 2019

Les nouveaux oripeaux de l'hybris

Le transhumanisme n'est qu'une des nouvelles formes que prend la folie qui habite l'être humain; cette folie que les Grecs anciens nommaient l'hybris.

Besoin de sagesse

Ce n'est pas tant de plus de science que nous avons besoin mais plutôt de davantage de sagesse.

jeudi 5 septembre 2019

Deux figures contrastées

Les vrais penseurs sont modestes, ont des idées nuancées et savent que leur ignorance est immense. Les charlatans sont arrogants, ont des idées tranchées et sont imbus de leur connaissance.

Proportion inversée

La profondeur des écrits d'un intellectuel est la plupart du temps inversement proportionnelle à sa visibilité médiatique.

Hyper-production des idées

Il en va des idées comme des biens de consommation, leur production à la chaîne n'est pas un gage de qualité, bien au contraire.

Transformation de la pensée

Plus un universitaire devient « médiatique », plus sa pensée devient simpliste.

mercredi 4 septembre 2019

Un mythe à déboulonner

« Dans un essai qui sera publié le 5 septembre, dont on pouvait lire un extrait dans The Guardian hier (We Need New Stories : Challenging the Toxic Myths Behind Our Age of Discontent), l’auteure et chroniqueuse Nesrine Malik fait valoir que le syndrome « on ne peut plus rien dire » est un mythe. Sous le couvert de la défense de la liberté d’expression, ce mythe contribue en réalité à normaliser des discours haineux et à museler ceux qui voudraient y répondre. »

Extrait de la chronique de Rima Elkouri intitulée Maxime et Greta, parue le 4 septembre 2019 dans La Presse à l'adresse suivante :



mardi 3 septembre 2019

Fosse septique

Notre économie néolibérale, nos gouvernements à sa solde, nos élites cupides, nos médias populistes et aveugles sur demande, tout cela n'est qu'une immense fosse septique qui pourrit le monde.

Magistral ratage

Le rêve des Lumières c'était une société démocratique où le peuple, cultivé, éduqué, faisant preuve de raison, exercerait son pouvoir pour se diriger lui-même au mieux de l'intérêt général. Le moins qu'on puisse dire c'est que ce rêve ne s'est jamais réalisé et qu'à cet égard, nos sociétés sont un magistral ratage.

vendredi 30 août 2019

De nouveaux ennemis

En Occident à tout le moins, les réseaux sociaux sont devenus les ennemis de la raison et de la démocratie.

mardi 27 août 2019

Métaphysique


Partie réputée ardue de la philosophie, la métaphysique a une très longue histoire qui renvoie aux racines de la pensée des Grecs anciens. Cette introduction du philosophe québécois Jean Grondin est pédagogique au meilleur sens du terme. En 370 pages, l'auteur nous fait faire un intéressant tour historique des principales doctrines de la métaphysique. De Parménide à Heidegger, le lecteur est invité à un voyage passionnant au coeur d'une tradition de pensée foissonnante. 

Par contre, le lecteur curieux des derniers développements en métaphysique devra passer son chemin.  Dans ce cas, il ferait mieux de consulter l'impressionnant ouvrage Frédécric Nef Qu’est-ce que la métaphysique ? Paris, Gallimard, collection Folio essais, 2004.



Grondin, Jean (2004). Introduction à la métaphysique. Montréal : Les Presses de l’Université de Montréal.

lundi 26 août 2019

Les universités à la dérive

Pour quelques sous de recherche, pour plus de reconnaissance, pour flatter leur égo, les professeurs d'université ont accepté peu à peu que les universités deviennent des entreprises - et non plus des institutions - qui n'ont plus grand chose à voir avec ce qu'était leur mission fondamentale.

Noble mission mise à mal

Nous, professeurs d'université, sommes rarement à la hauteur de notre mission traditionnelle. En fait, cette mission est de plus en plus abandonnée

Naïveté

Ceux qui espèrent que les puissants pensent à autre chose qu'à leurs intérêts sont des naïfs qui croient le discours de ces mêmes puissants.

Ennemis de l'université

Les ennemis de la connaissance se retrouvent maintenant au sein même des universités.

Combat

Quand la science critique les puissants, ceux-ci tentent de la faire mourir.

Perte annoncée

Étourdi par sa capacité technique, l'être humain est en train de se perdre.

vendredi 23 août 2019

Un philosophe québécois à lire


Jean Grondin:
 
Grondin, J. (2013). Paul Ricœur. Paris : PUF. Que sais-je? 1ère édition.
Grondin, J. (2013). Du sens des choses. L’idée de la métaphysique. Paris : PUF.
Grondin, J. (2012). La philosophie de la religion. Paris: PUF. Que sais-je? 3e édition.
Grondin, J. (2011). Hans-Georg Gadamer. Une biographie. Paris : Grasset.
Grondin, J. (2011). À l'écoute du sens : entretiens avec Marc-Antoine Vallée. Montréal : Bellarmin. Collection L'essentiel.
Grondin, J. (2011). L’herméneutique. Paris : PUF. Que sais-je? 3e édition.
Grondin, J. (2004). Introduction à la métaphysique. Montréal : Les Presses de l’Université de Montréal.
Grondin, J. (2003). Du sens de la vie. Montréal : Bellarmin. Collection L’essentiel.
Grondin, J. (2003). Le tournant herméneutique de la phénoménologie. Paris : PUF. Collection Philosophies.
Grondin, J. (1999). Introduction à Hans-Georg Gadamer. Paris : Cerf.
Grondin, J. (1993). L'universalité de l'herméneutique. Paris : PUF.

Quelques mots sur les idées de Bourdieu

Ce qui est marquant chez Pierre Bourdieu c’est sa catégorisation des divers groupes sociaux selon des champs lesquels semblent plutôt hermétiques, ce qui limite grandement la mobilité.  Le sociologue français soutient que ce que l'on nomme couramment des dons sont en fait des compétences socialement définies et naturalisées par la classe dominante.  Permettant de masquer la domination des élites, cette appréhension d’une moins forte capacité qu’auraient supposément les pauvres à produire des individus doués, se veut en quelque sorte une sorte de racisme de classes. Cette catégorisation que nous savons trop générale et trop rigide des diverses classes, a tout le même le mérite de renvoyer au concept d’habitus. À partir de ce concept, Bourdieu est parvenu à démontrer à quel point les individus pouvaient intérioriser certains de leurs comportements par la socialisation. Par cette reproduction inconsciente des comportements qui l’entourent, l’individu en vient à se développer une identité qui s’inscrit en écho et en reconnaissance avec ses pairs. 

mercredi 21 août 2019

Des pseudos philosophes à la française

La France a cette fâcheuse tradition des (pseudos) philosophes médiatiques qui se prononcent sur tout et sur rien et qui, bien que cultivés, n'en cultivent pas moins une pensée superficielle. Leurs succès de librairie et leur omniprésence dans certains médias masquent le vide de leurs propos. Ce n'est pas chez eux que se trouve la philosophie sérieuse et profonde.

dimanche 11 août 2019

Quand les frères De Goncourt écrivaient l’histoire

De Goncourt, E., De Goncourt, J. (Sans date). Histoire de Marie-Antoinette. Revue et augmentée de lettres inédites et de documents nouveaux tirés des archives nationales, publié à Paris par G. Charpentier en 1879. Version numérique A public domaine book.

Une plaidoirie pour la reine d’origine autrichienne, un réquisitoire contre la Révolution. Une écriture comme on ne la pratique plus aujourd’hui, surannée mais justement intéressante et divertissante parce que surannée.

vendredi 2 août 2019

Une trilogie philosophique à lire impérativement


Du philosophe allemand Markus Gabriel ...

Gabriel, M. (2014). Pourquoi le monde n'existe pas. Paris : JC Lattès. 

Gabriel, M. (2016). Pourquoi je ne suis pas mon cerveau. Paris : JC Lattès. 

Gabriel, M. (2019). Pourquoi la pensée humaine est inégalable. Paris : JC Lattès.



mardi 23 juillet 2019

Analyse thématique en recherche qualitative

Elle peut être utilisée seule ou combinée à d’autres méthodes. L’analyse thématique a pour objectif de faire ressortir les thèmes fondamentaux contenus dans le discours des participants et associés à la problématique du chercheur. Elle se divise essentiellement en deux principales étapes ou fonctions : 1- la thématisation et 2- l’identification de parallèles ou documentation des divergences entre les thèmes émergents. L'objectif est de construire un panorama du phénomène investigué ce qui peut conduire à la construction d'un arbre thématique.

jeudi 18 juillet 2019

Triste

Le monde devient de plus en plus sauvage et le déficit démocratique se creuse chaque jour. Les démagogues de droite font la loi et il est à craindre que la barbarie augmente significativement dans les prochaines années.

lundi 8 juillet 2019

Intérêt de l’État

Certains glorifient les États, d’autres se rappellent que ceux-ci ont toujours fait passer l'intérêt des riches avant celui des humbles.

Limite éthique

L’éthique des riches s’arrête là où commence leur compte en banque.

mercredi 26 juin 2019

Le sujet de la modernité tardive


Le sujet de la modernité tardive ne s'inscrit plus désormais dans un ordre qui le dépasse, qui lui donne place et sens dans la direction de sa vie. À chaque nouvelle étape, à chaque nouveau carrefour, le sens de la vie peut faire l'objet d'une remise en question fondamentale. Chaque pas est une nouvelle aventure qui peut conduire le sujet vers des horizons insoupçonnés. Rien n'est totalement donné, rien n’est acquis, le sujet est un devenir sans fin. La désacralisation des institutions (mais aussi de la raison et des valeurs) met à mal le sens du social et, dans une certaine mesure, laisse le sujet relativement solitaire devant l’obligation de donner du sens aux événements, aux phénomènes, aux faits, à son expérience. Le sujet se révèle ainsi dans la distance à l’expérience. Parce que la société n’a plus de centre, parce que l’action ne répond plus à une seule logique, parce que les institutions sont affaiblies, le sujet se construit à travers la recomposition significative de son expérience personnelle.

Posture épistémologique

Nous refusons de la coupure épistémologique typique du positivisme et de son avatar actuel le post-positivisme. Nous considérons que les faits collectés ne sont essentiellement que des réponses à des questions (le positivisme l'oublie toujours). Ainsi, la réalité va toujours au-delà des réponses qu'on se donne. Par ailleurs, selon nous, il n’y a pas de démarcation radicale entre science et sens commun. Conséquemment, les savoirs issus des recherches se déploient dans le même champ ontologique que les autres pratiques sociales. Ce qui ne conduit pas à annuler la spécificité du regard du chercheur. L’interprétation basée sur des savoirs savants n’est toutefois pas en extériorité par rapport à la pratique de sorte que la théorie est un moment de la praxis.

mardi 25 juin 2019

À l'école des anciens


Pour comprendre trois grands penseurs de l'Antiquité :

Salem, Jean (2013). Les Atomistes de l’Antiquité. Démocrite. Épicure, Lucrèce. Paris : Flammarion. Collection champs essais. Édition revue et corrigée de l’originale parue en 1997.

mercredi 19 juin 2019

Filiation et transfert d’objets scientifiques dans les écrits de recherche


Note de lecture

Référence électronique :

Francis Grossmann, Agnès Tutin et Pedro Paulo Garcia Da Silva, « Filiation et transfert d’objets scientifiques dans les écrits de recherche », Pratiques [En ligne], 143-144 | 2009, mis en ligne le 19 juin 2014, URL : http://pratiques.revues.org/1447

La notion de filiation scientifique :

« Parler de filiation scientifique conduit à établir l’existence d’une lignée, s’établissant sur la base d’affinités ou de courants plus ou moins institutionnalisés, et qui incluent un auteur dans une communauté. » (p. 187)

« Le marquage de la filiation s’effectue en référence à un paradigme épistémologique ou à un courant de pensée (l’intuitionnisme, le constructivisme, le behaviorisme, etc.), un domaine scientifique pré-construit, qui peut avoir des frontières plus ou moins larges (la linguistique de l’énonciation, la psychologie cognitive, les neurosciences, etc.). Elle peut aussi renvoyer à un auteur particulier, ou à un groupe – équipe de recherche, école de pensée –, avec lesquels le chercheur a des affinités, ou auquel il emprunte tout ou partie de son cadre théorique ou de la démarche méthodologique mise en oeuvre. » (p. 187)

« Dans notre approche, la notion de filiation est limitée aux cas bien précis dans lesquels l’auteur du texte scientifique, en se référant à un auteur, ou à un courant théorique, ou encore à une école de pensée fortement attachée à un auteur ou groupe exprime explicitement à leur égard une forme de dette intellectuelle.» (p. 188)

Son importance :

« Pour l’apprenti-chercheur, il s’agit là d’un aspect important, parce que l’explicitation de la filiation le conduit à mieux cerner sa propre identité de chercheur. » (p. 187)

Fait à noter au sujet des doctorants :

« Dans un travail antérieur (Rinck, Boch & Grossmann, 2007), nous avons pu montrer que les doctorants se réfèrent moins que les auteurs confirmés à différents points de vue, mobilisent moins de noms d’auteur, et se réfèrent moins à des courants particuliers, étiquetés sous des formes telles que le structuralisme, les fonctionnalistes, etc. Ce déficit s’explique principalement par la difficulté qu’éprouvent les nouveaux entrants dans le champ académique à trouver les moyens d’une véritable affiliation, permettant leur propre positionnement. » (p. 187)

Objet d’analyse des auteurs :

« Nous nous intéresserons donc quant à nous préférentiellement au geste d’inscription explicite, à la fois pour des raisons pratiques (limité généralement au cadre de l’énoncé, il est plus facile à repérer), et pour des raisons théoriques (en tant qu’acte assumé il nous semble plus significatif, et il engage un positionnement plus net). Il reste qu’il serait également très intéressant d’étudier la forme implicite, qui est sans doute maniée plus habilement par les experts. » (p. 189)

Méthodologie utilisée par les auteurs :

« La manifestation de la forme explicite de la filiation scientifique et des transferts de connaissance dans les articles scientifiques présuppose les quatre catégories suivantes :
-       La place énonciative correspondant à la figure de l’auteur, producteur de contenu scientifique, dont on peut observer les traces énonciatives à travers les indices personnels (nous, je, on...) et/ou des substituts lexicaux de l’auteur (notre/mon/ce travail, article, approche...) ;
-       Un processus d’appropriation/reprise qui se traduit lexicalement à travers des expressions verbales telles que se situer dans (la lignée de), utiliser, mobiliser, reprendre, recourir à, se référer à, prolonger ; ou se marque par des locutions prépositives : à la suite de X.
-       L' « objet » scientifique repris : modèle, idée, définition, concept, terme, théorie, méthodologie...
-       L’auteur convoqué ou ses substituts (école, approche, etc.), à qui est parfois prêté, mais pas obligatoirement (5) un certain contenu énonciatif.»  (p. 189)


Corpus de textes analysés :

« Notre corpus, issu du corpus KIAP, se compose d’un sous-corpus de 50 articles en linguistique (286.000 mots) et d’un sous-corpus de 50 articles en économie (374.500 mots). Le corpus de linguistique est constitué d’articles de linguistique générale et de sémantique, tirés des revues suivantes : Langue Française (13 articles de 2001–2002), Marges Linguistiques (2 articles de 2001), Revue de Sémantique et Pragmatique (17 articles de 1999–2001), Travaux de Linguistique (18 articles de 2001–2002). Le corpus d’économie se décompose de la façon suivante : Annales d’Économie et de Statistique (34 articles de 1998 à 2001), Économie Appliquée (7 articles de 2000 et de 2001), Revue Économique (9 articles de 2000 et 2001). Le corpus d’économie est formé de revues également plutôt généralistes, et bien connues dans le domaine francophone, les revues les plus prestigieuses en économie étant toutes anglophones. » (p. 189-190)

Résultats :

Différences selon les disciplines…

« Nous avons rencontré 60 occurrences de la filiation et du transfert dans le sous-corpus d’articles en économie et 30 occurrences dans le sous-corpus de linguistique. Ce résultat indique une différence de portée du phénomène dans ces deux disciplines, nettement plus représenté dans le sous-corpus d’économie […] ». (p. 190)

Prépondérance du on et du nous…
« C’est pour l’auteur producteur de contenu scientifique que la variété des formes est la plus limitée. Dans cette catégorie, on observe la forte prépondérance des on et nous, et bien plus rarement je. » (p. 190)

Marquage et instanciation…

« Notons que le marquage de la filiation peut se passer des formes on ou nous (voire je) en se référant plus directement à l’article scientifique donné à lire (par exemple : cet article s’inscrit dans la théorie de X). D’après nos observations en corpus, ce cas de figure n’est cependant pas si fréquent, et apparaît moins que les formes correspondantes avec on et nous ou avec des groupes nominaux accompagnés de possessifs qui renvoient à l’auteur (ou aux auteurs) comme dans notre approche. L’article lui-même est souvent instancié grâce à des déictiques comme ici. Ainsi, en (2), (3) et (4) l’auteur est représenté par on ou par nous mais une localisation s’effectue grâce au terme ici. » (p. 190)

Argument d’autorité…

« Il faut rappeler que l’argument d’autorité continue à avoir une certaine importance, dans les sciences contemporaines, si l’on considère le caractère cumulatif du travail scientifique: puisqu’il faut s’appuyer sur les travaux antérieurs, les critères de reconnaissance académique et l’autorité des publications reconnues continuent, généralement à bon droit, de justifier l’appui sur les pairs et les prédécesseurs. Cependant la place principale est donnée, en principe, aux appuis empiriques, et ce dans tous les domaines de la connaissance, ce qui invalide le procédé par lequel certains étudiants et néophytes dans la recherche l’utilisent comme une « roue des secours » permettant de pallier un manquement empirique. » (p. 192)

Remarque personnelle sur le texte :

En somme, ce que le texte fait ressortir c’est que, bien qu’ayant des points communs, les pratiques sont spécifiques aux disciplines.

Standardisation et variation dans le champ des discours scientifiques


Note de lecture

Référence électronique

Francis Grossmann, « Pourquoi et comment cela change ? Standardisation et variation dans le champ des discours scientifiques », Pratiques [En ligne], 153-154 | 2012, mis en ligne le 16 juin 2014, consulté le 19 décembre 2014. URL: http://pratiques.revues.org/1976

Postulat de départ de l’auteur :

« […] le postulat de départ développé ici est qu'une prise en compte de la variation est le seul moyen de préserver l'unité d'une macro-catégorie discours scientifique (désormais DS), subsumant les différences disciplinaires et méthodologiques qui clivent les formes d'écritures scientifiques. »  (p. 141)

Ce qu’englobe le terme de variation :

« Le terme de variation englobe deux aspects qu'il vaut mieux différencier : j'opposerai ainsi la diversité liée aux différences de genres, de langues, de cultures, de disciplines, de paradigmes, de méthodologies à la variation interne qui concerne les marges qui peuvent être autorisées – où que certains s'autorisent – par rapport aux normes au sein d'un même genre et au sein d'une même discipline. » (p. 141)

Thèse soutenue par l’auteur dans son texte :

« – les approches comparatives, notamment dans le courant de la « rhétorique constrastive » (« contrastive rhetoric ») malgré leurs apports, ont jusqu'à présent peu pris en compte la variation interne, ce qui les conduit, de fait, à renforcer les normes existantes en généralisant des tendances observées au sein de certaines cultures ou au sein de certaines disciplines ;
– corollairement, la diversité générique et disciplinaire a été étudiée, parfois de manière assez fine, mais les chercheurs ont eu tendance à considérer disciplines, genres, langues comme des pré-construits ; d'où également le caractère faiblement explicatif des différences observées : les différences semblent relever d'une « nature » intrinsèque des disciplines et/ou des langues/cultures, sans que soient suffisamment pris en compte l'évolution historique des disciplines et des genres, les poids des institutions, le jeu des influences entre disciplines, et même les parcours individuels. Le point de vue adopté se veut donc essentiellement critique et programmatique, ce qui semble nécessaire au stade actuel. » (p. 141-142)

Les fondements d'une approche unificatrice des discours scientifiques :

« Traditionnellement, les études de la science (Science Studies) ont privilégié les sciences exactes, parce qu'il est entendu que celles-ci incarnent, de la manière la plus typique, les procédés de démonstration et de preuve mis en œuvre dans les démarches que l'on cherche à analyser, dans une optique qui considère que la scientificité se mesure à la capacité à reproduire les mêmes résultats à partir des mêmes prémisses ou à partir des mêmes données expérimentales. » (p. 142-143)

« La priorité accordée aux sciences exactes a eu comme corollaire l'idée que leurs procédures se situaient en dehors du champ social. Les normes qui se sont progressivement imposées aux textes scientifiques semblent reposer sur un postulat d'unicité, fondamentalement lié à l'universalité du raisonnement scientifique, ou plus largement encore, à l'existence des principes généraux régissant la cognition humaine […]. » (p. 143)

Cette conception conduit à postuler qu’il n’existe qu’un seul modèle de l'activité scientifique, lequel s’identifie aux représentations caractéristiques des sciences expérimentales. Toutefois, les différences entre disciplines ne peuvent être ignorées. Ce qui a conduit à les regrouper par familles disciplinaires. Émerge alors deux principales familles de modèles de scientificité :

-       les modèles de prédiction (ex. physique)
-       les modèles herméneutiques (ex. histoire)

« À chacun de ces deux types correspondent des formes de validation spécifiques, les caractéristiques de l'écrit produit dépendant en partie du modèle de scientificité implicite ou explicite adopté par le chercheur. » (p. 144)

« Si l'on adopte cette vision à la fois holistique et variationniste de l'activité scientifique, le prototype qui peut asseoir une représentation commune et unificatrice de l'activité scientifique, peut s'énumérer en quatre points :
– Existence d'un raisonnement (raisonnement hypothético-déductif et/ou inductif);
– Existence d'un dispositif méthodique permettant le recueil et le traitement d'informations et/ou de données, quelle que soit par ailleurs la nature de ce dispositif ;
– Existence d'un système de preuve : ces preuves, qui peuvent elles-aussi
être de nature très différentes, requièrent un système argumentatif visant l'adhésion du public scientifique ;
– Existence de résultats et communication de ces résultats au sein d'une communauté de pairs sous des formes standardisées. » (p. 144-145)

Ce que cette approche laisse de côté :

  • -       le questionnement,
  • -       l'intuition,
  • -       l'imagination,
  • -       la création


À propos d'un style scientifique « universel » :

« Il est donc difficile, à partir de tels critères, de définir un style scientifique universel, sans doute proprement introuvable. Cela n'empêche pas de reconnaître la tendance au rapprochement des formes discursives scientifiques, ni à nier les influences réciproques liées à la mondialisation de la science, au développement de normes, qui se traduisent par certaines tendances communes, comme l'effacement énonciatif, ainsi que la mobilisation d'un lexique « transdisciplinaire » propre à toute communication scientifique. L'utilisation d'un tel lexique commun, par exemple l'utilisation de mots-clés tels que postulat, hypothèse (Cavalla & Grossmann, 2005) par différentes disciplines ne garantit évidemment pas que l'on parle des mêmes choses. Il y a un cependant un air de famille entre ces différents emplois, qui colore l'ensemble des discours scientifiques. » (p. 144-145)

Cette universalité est contestée par les chercheurs qui s’inscrivent dans le courant de la rhétorique contrastive.

La standardisation de l'écriture scientifique et ses limites :

« On peut observer un double mouvement contradictoire : d'une part, dans certaines disciplines, notamment en Sciences Humaines et Sociales, ainsi que dans certaines traditions qui ne recouraient pas aux marques personnelles (comme en France), il y a une « personnalisation » apparente de l'écrit scientifique, avec l'utilisation plus grande de formes personnelles (pronoms de la 1re personne, y compris le « je ») et donc un « effet de présence » de l'auteur. Mais inversement, le développement du plan IMRaD, dans les disciplines scientifiques d'abord, mais aussi dans certaines sciences humaines et sociales, conduit aussi à accentuer la dépersonnalisation (déjà souvent présente à travers l'effacement énonciatif classiquement évoqué pour l'écrit scientifique). » (p. 146)

Le courant de la rhétorique contrastive :

Ce courant de recherche est né du constat des limites de la linguistique générale qui ne prenait pas en compte les stratégies textuelles. Les chercheurs l'idée que, dans la mesure où l'écrit est fondamentalement un phénomène culturel, son organisation est conditionnée par les caractéristiques culturelles spécifiques, relevant du contexte propre à la société qui les a produites. Ce courant ne peut pas toujours échapper aux reproches d'ethnocentrisme dans la mesure où « […] la variation est renvoyée à des spécificités culturelles globales, au lieu d'être analysée en fonction de facteurs historiques, sociologiques, ou à partir d'une étude fine des contextes de production, ainsi qu'à partir d'une analyse circonstanciée des traditions orientant la réception. » (p. 149)

Les recherches sur le métadiscours :

Ces recherches, essentiellement anglo-saxonnes, s’intéressent à l'usage différencié dans les disciplines de certains types de marques. Le terme de métadiscours renvoie à « l'ensemble des marques impliquant une forme de réflexivité du scripteur dans le cadre de la négociation de l'interaction avec les lecteurs appartenant à une communauté spécifique. » (p. 149)

Un des auteurs phares de ce courant est l'anglais Ken Hyland.

Bien que contesté de nos jours, ces recherches se sont basées sur l’idée qu’il y a deux macrofonctions du langage, l'une appelée « textuelle », l’autre « interpersonnelle ».

métadiscours textuel : permet le développement de stratégies rhétoriques du scripteur ce qui permet en retourt la mise en texte de l'expérience de manière cohérente; c'est à partir de lui que se construit la structure textuelle.

métadiscours interpersonnel : concerne les aspects interactionnels et évaluatifs de la présence de l'auteur dans son discours; c’est ici que se construit plus spécifiquement la figure de l'auteur.

« Les recherches récentes ont cependant tendance à relativiser cette opposition, à partir du constat que l'aspect interactionnel est central dans la définition du métadiscours, et que les buts rhétoriques ne peuvent être distingués clairement de cet aspect interpersonnel. » (p. 149)

En fin de texte, l’auteur ébauche un modèle multidimensionnel pour analyser la variation des discours scientifiques :

Principes de base d'une approche variationniste :

1) privilégier une approche descriptive en évitant les termes globalisants (ex. « styles intellectuels »), chargés idéologiquement ou comportant des jugements de valeur (« reader friendly », etc.);
2) démarche comparative basée sur corpus de textes vraiment comparables;
3) la prise en compte des rapports de force et des formes d'inégalité (entre langues, entre disciplines) de manière à pouvoir comprendre les phénomènes de domination, d'interactions et d'influence, de censure, etc.;
4) fonder l'approche sur un paramétrage suffisamment fin qui va au-delà de la comparaison des disciplines…à ce propos, l’auteur soutient :

« – mieux considérer le lien entre disciplines et institutions, pour comprendre comment une discipline est structurée, au niveau international ou national, en la situant dans son histoire ; ajoutons que cette histoire institutionnelle ne trouve son sens qu'en fonction des évolutions scientifiques et épistémologiques des disciplines elles-mêmes ;
– se placer au niveau (sous-)disciplinaire le plus précis possible, comprenant déjà des déterminations de démarche ou d'objet : non pas « la linguistique » mais, par ex. « la phonétique expérimentale » ; non pas « la sociologie » mais « la sociologie des institutions », etc. » (p. 155)

Précaution méthodologique :

« Concluons, pour finir, sur les précautions méthodologiques que doit prendre le chercheur pour éviter d'hypertrophier indûment un facteur de variation au détriment des autres ; il est essentiel, en effet, de ne pas considérer de manière univoque un facteur explicatif quelconque de la variation des discours scientifiques, sans le mettre en perspective en le considérant au sein de sous-systèmes complexes (linguistiques, historiques, épistémologiques). Une approche multidimensionnelle implique des collaborations pluridisciplinaires, prenant en compte trois grandes familles de paramètres […] » (p. 156)

  • -       les paramètres liés aux systèmes linguistiques;
  • -       les paramètres liés aux systèmes culturels et aux normes éditoriales;
  • -       les systèmes d'élaboration de la connaissance;