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mercredi 21 août 2019

Des pseudos philosophes à la française

La France a cette fâcheuse tradition des (pseudos) philosophes médiatiques qui se prononcent sur tout et sur rien et qui, bien que cultivés, n'en cultivent pas moins une pensée superficielle. Leurs succès de librairie et leur omniprésence dans certains médias masquent le vide de leurs propos. Ce n'est pas chez eux que se trouve la philosophie sérieuse et profonde.

dimanche 11 août 2019

Quand les frères De Goncourt écrivaient l’histoire

De Goncourt, E., De Goncourt, J. (Sans date). Histoire de Marie-Antoinette. Revue et
augmentée de lettres inédites et de documents nouveaux tirés des archives nationales,
publié à Paris par G. Charpentier en 1879. Version numérique A public domaine book.

Une plaidoirie pour la reine d’origine autrichienne, un réquisitoire contre la Révolution. Une écriture comme on ne la pratique plus aujourd’hui, surannée mais justement intéressante et divertissante parce que surannée.

vendredi 2 août 2019

Une trilogie philosophique à lire impérativement


Du philosophe allemand Markus Gabriel ...

Gabriel, M. (2014). Pourquoi le monde n'existe pas. Paris : JC Lattès. 

Gabriel, M. (2016). Pourquoi je ne suis pas mon cerveau. Paris : JC Lattès. 

Gabriel, M. (2019). Pourquoi la pensée humaine est inégalable. Paris : JC Lattès.



mardi 23 juillet 2019

Analyse thématique en recherche qualitative

Elle peut être utilisée seule ou combinée à d’autres méthodes. L’analyse thématique a pour objectif de faire ressortir les thèmes fondamentaux contenus dans le discours des participants et associés à la problématique du chercheur. Elle se divise essentiellement en deux principales étapes ou fonctions : 1- la thématisation et 2- l’identification de parallèles ou documentation des divergences entre les thèmes émergents. L'objectif est de construire un panorama du phénomène investigué ce qui peut conduire à la construction d'un arbre thématique.

jeudi 18 juillet 2019

Triste

Le monde devient de plus en plus sauvage et le déficit démocratique se creuse chaque jour. Les démagogues de droite font la loi et il est à craindre que la barbarie augmente significativement dans les prochaines années.

lundi 8 juillet 2019

Intérêt de l’État

Certains glorifient les États, d’autres se rappellent que ceux-ci ont toujours fait passer l'intérêt des riches avant celui des humbles.

Limite éthique

L’éthique des riches s’arrête là où commence leur compte en banque.

mercredi 26 juin 2019

Le sujet de la modernité tardive


Le sujet de la modernité tardive ne s'inscrit plus désormais dans un ordre qui le dépasse, qui lui donne place et sens dans la direction de sa vie. À chaque nouvelle étape, à chaque nouveau carrefour, le sens de la vie peut faire l'objet d'une remise en question fondamentale. Chaque pas est une nouvelle aventure qui peut conduire le sujet vers des horizons insoupçonnés. Rien n'est totalement donné, rien n’est acquis, le sujet est un devenir sans fin. La désacralisation des institutions (mais aussi de la raison et des valeurs) met à mal le sens du social et, dans une certaine mesure, laisse le sujet relativement solitaire devant l’obligation de donner du sens aux événements, aux phénomènes, aux faits, à son expérience. Le sujet se révèle ainsi dans la distance à l’expérience. Parce que la société n’a plus de centre, parce que l’action ne répond plus à une seule logique, parce que les institutions sont affaiblies, le sujet se construit à travers la recomposition significative de son expérience personnelle.

Posture épistémologique

Nous refusons de la coupure épistémologique typique du positivisme et de son avatar actuel le post-positivisme. Nous considérons que les faits collectés ne sont essentiellement que des réponses à des questions (le positivisme l'oublie toujours). Ainsi, la réalité va toujours au-delà des réponses qu'on se donne. Par ailleurs, selon nous, il n’y a pas de démarcation radicale entre science et sens commun. Conséquemment, les savoirs issus des recherches se déploient dans le même champ ontologique que les autres pratiques sociales. Ce qui ne conduit pas à annuler la spécificité du regard du chercheur. L’interprétation basée sur des savoirs savants n’est toutefois pas en extériorité par rapport à la pratique de sorte que la théorie est un moment de la praxis.

mardi 25 juin 2019

À l'école des anciens


Pour comprendre trois grands penseurs de l'Antiquité :

Salem, Jean (2013). Les Atomistes de l’Antiquité. Démocrite. Épicure, Lucrèce. Paris : Flammarion. Collection champs essais. Édition revue et corrigée de l’originale parue en 1997.

mercredi 19 juin 2019

Filiation et transfert d’objets scientifiques dans les écrits de recherche


Note de lecture

Référence électronique :

Francis Grossmann, Agnès Tutin et Pedro Paulo Garcia Da Silva, « Filiation et transfert d’objets scientifiques dans les écrits de recherche », Pratiques [En ligne], 143-144 | 2009, mis en ligne le 19 juin 2014, URL : http://pratiques.revues.org/1447

La notion de filiation scientifique :

« Parler de filiation scientifique conduit à établir l’existence d’une lignée, s’établissant sur la base d’affinités ou de courants plus ou moins institutionnalisés, et qui incluent un auteur dans une communauté. » (p. 187)

« Le marquage de la filiation s’effectue en référence à un paradigme épistémologique ou à un courant de pensée (l’intuitionnisme, le constructivisme, le behaviorisme, etc.), un domaine scientifique pré-construit, qui peut avoir des frontières plus ou moins larges (la linguistique de l’énonciation, la psychologie cognitive, les neurosciences, etc.). Elle peut aussi renvoyer à un auteur particulier, ou à un groupe – équipe de recherche, école de pensée –, avec lesquels le chercheur a des affinités, ou auquel il emprunte tout ou partie de son cadre théorique ou de la démarche méthodologique mise en oeuvre. » (p. 187)

« Dans notre approche, la notion de filiation est limitée aux cas bien précis dans lesquels l’auteur du texte scientifique, en se référant à un auteur, ou à un courant théorique, ou encore à une école de pensée fortement attachée à un auteur ou groupe exprime explicitement à leur égard une forme de dette intellectuelle.» (p. 188)

Son importance :

« Pour l’apprenti-chercheur, il s’agit là d’un aspect important, parce que l’explicitation de la filiation le conduit à mieux cerner sa propre identité de chercheur. » (p. 187)

Fait à noter au sujet des doctorants :

« Dans un travail antérieur (Rinck, Boch & Grossmann, 2007), nous avons pu montrer que les doctorants se réfèrent moins que les auteurs confirmés à différents points de vue, mobilisent moins de noms d’auteur, et se réfèrent moins à des courants particuliers, étiquetés sous des formes telles que le structuralisme, les fonctionnalistes, etc. Ce déficit s’explique principalement par la difficulté qu’éprouvent les nouveaux entrants dans le champ académique à trouver les moyens d’une véritable affiliation, permettant leur propre positionnement. » (p. 187)

Objet d’analyse des auteurs :

« Nous nous intéresserons donc quant à nous préférentiellement au geste d’inscription explicite, à la fois pour des raisons pratiques (limité généralement au cadre de l’énoncé, il est plus facile à repérer), et pour des raisons théoriques (en tant qu’acte assumé il nous semble plus significatif, et il engage un positionnement plus net). Il reste qu’il serait également très intéressant d’étudier la forme implicite, qui est sans doute maniée plus habilement par les experts. » (p. 189)

Méthodologie utilisée par les auteurs :

« La manifestation de la forme explicite de la filiation scientifique et des transferts de connaissance dans les articles scientifiques présuppose les quatre catégories suivantes :
-       La place énonciative correspondant à la figure de l’auteur, producteur de contenu scientifique, dont on peut observer les traces énonciatives à travers les indices personnels (nous, je, on...) et/ou des substituts lexicaux de l’auteur (notre/mon/ce travail, article, approche...) ;
-       Un processus d’appropriation/reprise qui se traduit lexicalement à travers des expressions verbales telles que se situer dans (la lignée de), utiliser, mobiliser, reprendre, recourir à, se référer à, prolonger ; ou se marque par des locutions prépositives : à la suite de X.
-       L' « objet » scientifique repris : modèle, idée, définition, concept, terme, théorie, méthodologie...
-       L’auteur convoqué ou ses substituts (école, approche, etc.), à qui est parfois prêté, mais pas obligatoirement (5) un certain contenu énonciatif.»  (p. 189)


Corpus de textes analysés :

« Notre corpus, issu du corpus KIAP, se compose d’un sous-corpus de 50 articles en linguistique (286.000 mots) et d’un sous-corpus de 50 articles en économie (374.500 mots). Le corpus de linguistique est constitué d’articles de linguistique générale et de sémantique, tirés des revues suivantes : Langue Française (13 articles de 2001–2002), Marges Linguistiques (2 articles de 2001), Revue de Sémantique et Pragmatique (17 articles de 1999–2001), Travaux de Linguistique (18 articles de 2001–2002). Le corpus d’économie se décompose de la façon suivante : Annales d’Économie et de Statistique (34 articles de 1998 à 2001), Économie Appliquée (7 articles de 2000 et de 2001), Revue Économique (9 articles de 2000 et 2001). Le corpus d’économie est formé de revues également plutôt généralistes, et bien connues dans le domaine francophone, les revues les plus prestigieuses en économie étant toutes anglophones. » (p. 189-190)

Résultats :

Différences selon les disciplines…

« Nous avons rencontré 60 occurrences de la filiation et du transfert dans le sous-corpus d’articles en économie et 30 occurrences dans le sous-corpus de linguistique. Ce résultat indique une différence de portée du phénomène dans ces deux disciplines, nettement plus représenté dans le sous-corpus d’économie […] ». (p. 190)

Prépondérance du on et du nous…
« C’est pour l’auteur producteur de contenu scientifique que la variété des formes est la plus limitée. Dans cette catégorie, on observe la forte prépondérance des on et nous, et bien plus rarement je. » (p. 190)

Marquage et instanciation…

« Notons que le marquage de la filiation peut se passer des formes on ou nous (voire je) en se référant plus directement à l’article scientifique donné à lire (par exemple : cet article s’inscrit dans la théorie de X). D’après nos observations en corpus, ce cas de figure n’est cependant pas si fréquent, et apparaît moins que les formes correspondantes avec on et nous ou avec des groupes nominaux accompagnés de possessifs qui renvoient à l’auteur (ou aux auteurs) comme dans notre approche. L’article lui-même est souvent instancié grâce à des déictiques comme ici. Ainsi, en (2), (3) et (4) l’auteur est représenté par on ou par nous mais une localisation s’effectue grâce au terme ici. » (p. 190)

Argument d’autorité…

« Il faut rappeler que l’argument d’autorité continue à avoir une certaine importance, dans les sciences contemporaines, si l’on considère le caractère cumulatif du travail scientifique: puisqu’il faut s’appuyer sur les travaux antérieurs, les critères de reconnaissance académique et l’autorité des publications reconnues continuent, généralement à bon droit, de justifier l’appui sur les pairs et les prédécesseurs. Cependant la place principale est donnée, en principe, aux appuis empiriques, et ce dans tous les domaines de la connaissance, ce qui invalide le procédé par lequel certains étudiants et néophytes dans la recherche l’utilisent comme une « roue des secours » permettant de pallier un manquement empirique. » (p. 192)

Remarque personnelle sur le texte :

En somme, ce que le texte fait ressortir c’est que, bien qu’ayant des points communs, les pratiques sont spécifiques aux disciplines.

Standardisation et variation dans le champ des discours scientifiques


Note de lecture

Référence électronique

Francis Grossmann, « Pourquoi et comment cela change ? Standardisation et variation dans le champ des discours scientifiques », Pratiques [En ligne], 153-154 | 2012, mis en ligne le 16 juin 2014, consulté le 19 décembre 2014. URL: http://pratiques.revues.org/1976

Postulat de départ de l’auteur :

« […] le postulat de départ développé ici est qu'une prise en compte de la variation est le seul moyen de préserver l'unité d'une macro-catégorie discours scientifique (désormais DS), subsumant les différences disciplinaires et méthodologiques qui clivent les formes d'écritures scientifiques. »  (p. 141)

Ce qu’englobe le terme de variation :

« Le terme de variation englobe deux aspects qu'il vaut mieux différencier : j'opposerai ainsi la diversité liée aux différences de genres, de langues, de cultures, de disciplines, de paradigmes, de méthodologies à la variation interne qui concerne les marges qui peuvent être autorisées – où que certains s'autorisent – par rapport aux normes au sein d'un même genre et au sein d'une même discipline. » (p. 141)

Thèse soutenue par l’auteur dans son texte :

« – les approches comparatives, notamment dans le courant de la « rhétorique constrastive » (« contrastive rhetoric ») malgré leurs apports, ont jusqu'à présent peu pris en compte la variation interne, ce qui les conduit, de fait, à renforcer les normes existantes en généralisant des tendances observées au sein de certaines cultures ou au sein de certaines disciplines ;
– corollairement, la diversité générique et disciplinaire a été étudiée, parfois de manière assez fine, mais les chercheurs ont eu tendance à considérer disciplines, genres, langues comme des pré-construits ; d'où également le caractère faiblement explicatif des différences observées : les différences semblent relever d'une « nature » intrinsèque des disciplines et/ou des langues/cultures, sans que soient suffisamment pris en compte l'évolution historique des disciplines et des genres, les poids des institutions, le jeu des influences entre disciplines, et même les parcours individuels. Le point de vue adopté se veut donc essentiellement critique et programmatique, ce qui semble nécessaire au stade actuel. » (p. 141-142)

Les fondements d'une approche unificatrice des discours scientifiques :

« Traditionnellement, les études de la science (Science Studies) ont privilégié les sciences exactes, parce qu'il est entendu que celles-ci incarnent, de la manière la plus typique, les procédés de démonstration et de preuve mis en œuvre dans les démarches que l'on cherche à analyser, dans une optique qui considère que la scientificité se mesure à la capacité à reproduire les mêmes résultats à partir des mêmes prémisses ou à partir des mêmes données expérimentales. » (p. 142-143)

« La priorité accordée aux sciences exactes a eu comme corollaire l'idée que leurs procédures se situaient en dehors du champ social. Les normes qui se sont progressivement imposées aux textes scientifiques semblent reposer sur un postulat d'unicité, fondamentalement lié à l'universalité du raisonnement scientifique, ou plus largement encore, à l'existence des principes généraux régissant la cognition humaine […]. » (p. 143)

Cette conception conduit à postuler qu’il n’existe qu’un seul modèle de l'activité scientifique, lequel s’identifie aux représentations caractéristiques des sciences expérimentales. Toutefois, les différences entre disciplines ne peuvent être ignorées. Ce qui a conduit à les regrouper par familles disciplinaires. Émerge alors deux principales familles de modèles de scientificité :

-       les modèles de prédiction (ex. physique)
-       les modèles herméneutiques (ex. histoire)

« À chacun de ces deux types correspondent des formes de validation spécifiques, les caractéristiques de l'écrit produit dépendant en partie du modèle de scientificité implicite ou explicite adopté par le chercheur. » (p. 144)

« Si l'on adopte cette vision à la fois holistique et variationniste de l'activité scientifique, le prototype qui peut asseoir une représentation commune et unificatrice de l'activité scientifique, peut s'énumérer en quatre points :
– Existence d'un raisonnement (raisonnement hypothético-déductif et/ou inductif);
– Existence d'un dispositif méthodique permettant le recueil et le traitement d'informations et/ou de données, quelle que soit par ailleurs la nature de ce dispositif ;
– Existence d'un système de preuve : ces preuves, qui peuvent elles-aussi
être de nature très différentes, requièrent un système argumentatif visant l'adhésion du public scientifique ;
– Existence de résultats et communication de ces résultats au sein d'une communauté de pairs sous des formes standardisées. » (p. 144-145)

Ce que cette approche laisse de côté :

  • -       le questionnement,
  • -       l'intuition,
  • -       l'imagination,
  • -       la création


À propos d'un style scientifique « universel » :

« Il est donc difficile, à partir de tels critères, de définir un style scientifique universel, sans doute proprement introuvable. Cela n'empêche pas de reconnaître la tendance au rapprochement des formes discursives scientifiques, ni à nier les influences réciproques liées à la mondialisation de la science, au développement de normes, qui se traduisent par certaines tendances communes, comme l'effacement énonciatif, ainsi que la mobilisation d'un lexique « transdisciplinaire » propre à toute communication scientifique. L'utilisation d'un tel lexique commun, par exemple l'utilisation de mots-clés tels que postulat, hypothèse (Cavalla & Grossmann, 2005) par différentes disciplines ne garantit évidemment pas que l'on parle des mêmes choses. Il y a un cependant un air de famille entre ces différents emplois, qui colore l'ensemble des discours scientifiques. » (p. 144-145)

Cette universalité est contestée par les chercheurs qui s’inscrivent dans le courant de la rhétorique contrastive.

La standardisation de l'écriture scientifique et ses limites :

« On peut observer un double mouvement contradictoire : d'une part, dans certaines disciplines, notamment en Sciences Humaines et Sociales, ainsi que dans certaines traditions qui ne recouraient pas aux marques personnelles (comme en France), il y a une « personnalisation » apparente de l'écrit scientifique, avec l'utilisation plus grande de formes personnelles (pronoms de la 1re personne, y compris le « je ») et donc un « effet de présence » de l'auteur. Mais inversement, le développement du plan IMRaD, dans les disciplines scientifiques d'abord, mais aussi dans certaines sciences humaines et sociales, conduit aussi à accentuer la dépersonnalisation (déjà souvent présente à travers l'effacement énonciatif classiquement évoqué pour l'écrit scientifique). » (p. 146)

Le courant de la rhétorique contrastive :

Ce courant de recherche est né du constat des limites de la linguistique générale qui ne prenait pas en compte les stratégies textuelles. Les chercheurs l'idée que, dans la mesure où l'écrit est fondamentalement un phénomène culturel, son organisation est conditionnée par les caractéristiques culturelles spécifiques, relevant du contexte propre à la société qui les a produites. Ce courant ne peut pas toujours échapper aux reproches d'ethnocentrisme dans la mesure où « […] la variation est renvoyée à des spécificités culturelles globales, au lieu d'être analysée en fonction de facteurs historiques, sociologiques, ou à partir d'une étude fine des contextes de production, ainsi qu'à partir d'une analyse circonstanciée des traditions orientant la réception. » (p. 149)

Les recherches sur le métadiscours :

Ces recherches, essentiellement anglo-saxonnes, s’intéressent à l'usage différencié dans les disciplines de certains types de marques. Le terme de métadiscours renvoie à « l'ensemble des marques impliquant une forme de réflexivité du scripteur dans le cadre de la négociation de l'interaction avec les lecteurs appartenant à une communauté spécifique. » (p. 149)

Un des auteurs phares de ce courant est l'anglais Ken Hyland.

Bien que contesté de nos jours, ces recherches se sont basées sur l’idée qu’il y a deux macrofonctions du langage, l'une appelée « textuelle », l’autre « interpersonnelle ».

métadiscours textuel : permet le développement de stratégies rhétoriques du scripteur ce qui permet en retourt la mise en texte de l'expérience de manière cohérente; c'est à partir de lui que se construit la structure textuelle.

métadiscours interpersonnel : concerne les aspects interactionnels et évaluatifs de la présence de l'auteur dans son discours; c’est ici que se construit plus spécifiquement la figure de l'auteur.

« Les recherches récentes ont cependant tendance à relativiser cette opposition, à partir du constat que l'aspect interactionnel est central dans la définition du métadiscours, et que les buts rhétoriques ne peuvent être distingués clairement de cet aspect interpersonnel. » (p. 149)

En fin de texte, l’auteur ébauche un modèle multidimensionnel pour analyser la variation des discours scientifiques :

Principes de base d'une approche variationniste :

1) privilégier une approche descriptive en évitant les termes globalisants (ex. « styles intellectuels »), chargés idéologiquement ou comportant des jugements de valeur (« reader friendly », etc.);
2) démarche comparative basée sur corpus de textes vraiment comparables;
3) la prise en compte des rapports de force et des formes d'inégalité (entre langues, entre disciplines) de manière à pouvoir comprendre les phénomènes de domination, d'interactions et d'influence, de censure, etc.;
4) fonder l'approche sur un paramétrage suffisamment fin qui va au-delà de la comparaison des disciplines…à ce propos, l’auteur soutient :

« – mieux considérer le lien entre disciplines et institutions, pour comprendre comment une discipline est structurée, au niveau international ou national, en la situant dans son histoire ; ajoutons que cette histoire institutionnelle ne trouve son sens qu'en fonction des évolutions scientifiques et épistémologiques des disciplines elles-mêmes ;
– se placer au niveau (sous-)disciplinaire le plus précis possible, comprenant déjà des déterminations de démarche ou d'objet : non pas « la linguistique » mais, par ex. « la phonétique expérimentale » ; non pas « la sociologie » mais « la sociologie des institutions », etc. » (p. 155)

Précaution méthodologique :

« Concluons, pour finir, sur les précautions méthodologiques que doit prendre le chercheur pour éviter d'hypertrophier indûment un facteur de variation au détriment des autres ; il est essentiel, en effet, de ne pas considérer de manière univoque un facteur explicatif quelconque de la variation des discours scientifiques, sans le mettre en perspective en le considérant au sein de sous-systèmes complexes (linguistiques, historiques, épistémologiques). Une approche multidimensionnelle implique des collaborations pluridisciplinaires, prenant en compte trois grandes familles de paramètres […] » (p. 156)

  • -       les paramètres liés aux systèmes linguistiques;
  • -       les paramètres liés aux systèmes culturels et aux normes éditoriales;
  • -       les systèmes d'élaboration de la connaissance;


Justice divine selon Levinas

«La justice divine ne signifie rien d’autre que cet effort incessant du moi pour effacer l’offense faite à autrui – être souffrant mais exigeant réparation ».


Martin, Kurt (2016). Le face à face chez Emmanuel Levinas. Publication électronique d’une thèse de doctorat en philosophie soutenue à l’Université Laval en décembre 1998.

L'ANALYSE LINGUISTIQUE DES ENJEUX DE CONNAISSANCE DANS LE DISCOURS SCIENTIFIQUE


Note de lecture du texte suivant :

Rinck, Fanny (2010). L'ANALYSE LINGUISTIQUE DES ENJEUX DE CONNAISSANCE DANS LE DISCOURS SCIENTIFIQUE. Un état des lieux. « Revue d'anthropologie des connaissances », Vol 4, n° 3, pages 427 à 450.

article disponible en ligne à l'adresse suivante :

https://www.cairn.info/revue-anthropologie-des-connaissances-2010-3-page-427.htm

Définition du discours scientifique :

Le discours scientifique est entendu ici au sens de discours produit dans le cadre de l’activité de recherche à des fi ns de construction et de diffusion du savoir (p. 428)

Ne pas gommer les différences selon les disciplines :

« Le terme « discours scientifique » gomme les différences de perspective dans les approches » (…) (p. 428)

Perspective de l’auteure :

« Dans notre perspective, il s’agit d’une part de pointer une dimension matérielle, d’ordre sémiotique et linguistique, autrement dit des unités de la langue naturelle, des langages formels, des schémas, des gestes qui sont mobilisés par les chercheurs dans leurs interactions orales, les notes qu’ils griffonnent ou encore les textes qu’ils publient. Ce sont ces unités signifiantes que la description linguistique du discours scientifique prend comme objet. » (p. 428)

Discours scientifique en tant que discours fermé :

« En analyse de discours, le discours scientifique est considéré comme un discours « fermé » (Charaudeau & Maingueneau, 2002, 261) car, dans un domaine donné, ceux qui en sont à l’origine sont peu ou prou ceux auxquels il est adressé. » (p. 428)

Études des sciences comme construction sociale :

« La sociologie des sciences s’accorde à voir en L. Fleck (1934) un précurseur des « science studies » et du constructivisme social. S’intéressant à la genèse et au développement du fait scientifique, il introduit la notion de collectif de pensée. En substance, l’idée est que les faits scientifiques ne sont pas objectivement donnés mais collectivement créés ; la collectivité est partie prenante à travers les styles de pensée, d’ordre socio-culturel, qui rendent conforme une explication en regard d’une pensée dominante. Trois éléments sont ainsi mis en relation : le contenu de la production scientifique, sa dimension sociale et les normes qui la gouvernent. » (p. 430)

Évolution de la sociologie de la science :

Les signes et les textes sont peu à peu envisagés non pas comme de simples support de diffusion mais plutôt comme des dispositifs matériels qui participent à la production des savoirs scientifiques.

La science analysée à travers le discours :

« Les études de la science vont ainsi aborder l’activité scientifique à travers ses discours, avec des questionnements variés qui concernent les dimensions institutionnelles, sociales et cognitives de cette activité. » (p. 432)

Cette analyse se fait à partir de 3 entrées différentes :

1-      le rôle de l’éditorialisation dans la constitution des disciplines et l’institutionnalisation des savoirs,
2-      les fondements sémiotiques de la rationalité scientifique et son lien étroit avec l’écrit;
3-      le champ de la rhétorique de la science (l’accent sur les interactions en jeu à travers les textes et sur la manière dont le discours scientifique doit persuader ses destinataires du bien-fondé de ce qui est avancé)

Sur la question de la rhétorique :

« En opposition à une rhétorique qui serait en quelque sorte « ornementale », une approche plus radicale est proposée, qui dépasse le cadre des sciences de la science et concerne toute la rhétorique argumentative américaine. Reliant la rhétorique et l’action, cette approche défend l’idée d’une rhétorique épistémique (Scott,1967), attentive à la production du savoir à travers le discours. Dans cette perspective, la sémiographie propre au discours scientifique, que l’on a évoqué précédemment, est à intégrer à sa dimension rhétorique. » (p. 434)

La science en tant que pratique prend en compte l’interaction individus et savoirs :

« […] à l’instar de B. Latour et P. Fabbri (1977, p. 82), que la science, envisagée en tant que pratique, recouvre deux aspects, celui des individus et celui des savoirs produits. Leur mise en relation, défendue par ces deux auteurs, peut se faire à travers l’étude des textes et des interactions produites dans et constitutives des communautés de discours scientifiques et de leur activité. » (p. 434)

« La mise en relation entre les acteurs de la science et le contenu de leur production est à chercher du côté des formes et des conditions de la production située de connaissances universelles. » (p. 435)

Analyses linguistiques :

L’auteure se centre sur le verbal et laisse de côté les études sur la pluri-sémioticité.

Dans la partie du texte qui porte sur l’analyse linguistique, l’auteure cherche à :
« […] montrer ce que les analyses linguistiques permettent de dire de l’activité scientifique et de ses enjeux de connaissance en fonction des niveaux d’analyse concernés (genres de textes, structure des textes, lexique, énonciation et argumentation). » (p. 435)

Ces recherches sur divisent en 2 grands types :

1-      celles dont l’objectif est la description linguistique à proprement parler;
2-      celles qui visent à cerner le fonctionnement les communautés discursives que sont les communautés scientifiques en procédant à une analyse de leur discours.

À ces 2 grands types s’ajoutent les recherches à visée didactique :

« Au sein des approches didactiques, il s’agit à la fois d’identifier des patrons linguistiques et d’interroger l’acculturation au monde académique et l’analyse des pratiques des étudiants et apprentis-chercheurs s’associe alors à celle des pratiques expertes. » (p. 436)

Consensus sur l’importance de la notion de genre :

L’auteure souligne en page 436 : « La sociologie des sciences rejoint les analyses de discours et la didactique en montrant l’importance de cette notion ».

Définition de genre :

« Les genres sont définis comme des formes communicatives socio-historiquement construites et relativement stables à une époque donnée. Ils renvoient à la dimension collective de l’activité et représentent un héritage dans lequel se moulent nos échanges, mais qui est amené à évoluer. » (436)

Le genre pensé dans une optique spécifique :

L’idée de genre n’est pas prise ici de manière générale (texte scientifique comme genre textuel) mais dans une optique plus spécifique. Ainsi, l’article scientifique (RAC) est un genre pendant que l’academic book review ou compte rendu de lecture en est un autre.

Sur la question de la structure des productions scientifiques :

« Les différences culturelles (Connor, 1987 ; Lucas, 1994 ; Clyne, 1998) et les différences entre oral et écrit (Carter-Thomas et al., 2001) dans la structure de l’information permettent d’étayer les modes de raisonnement dans le discours scientifique, autour notamment de la part de l’induction ou de l’analogie. Le rôle des temps verbaux dans la structure des textes (Liddicoat, 2004) révèle quant à lui comment la démarche de recherche est reconfigurée dans le discours, et quelle part est faite au narratif ou à la prospective. » (p. 437)

À noter : La structure est envisagée en lien avec des fonctions rhétoriques et pragmatiques du texte.

En ce qui concerne le lexique :

« Le lexique occupe une place centrale dans les études du discours scientifique. Le domaine de la terminologie est concerné au plus près, dans une perspective de traduction, d’extraction des connaissances et de traitement de l’information scientifique et technique. » (p. 438)

« […] il importe de dépasser l’approche des mots pris isolément, favorisée par le développement des analyses automatiques de corpus. Les patrons lexicaux fondés sur des associations privilégiées de termes (ou collocations) trouvent ainsi leur place, comme faire une hypothèse ou on peut supposer que) (Drouin, 2007 ; Gledhill, 2000 ; Tutin 2007 ; Williams,1999). » (p. 438)

Globalement, dans les recherches, le lexique est traité dans une approche phraséologique. On s’intéresse aussi aux opérations de désignation et de définition ainsi qu’aux reformulations. « L’enjeu est de cerner les schématisations à l’oeuvre dans le discours scientifique ou à travers ses reprises dans d’autres discours. De même que pour les patrons lexicaux, le lien entre syntaxe et sémantique est essentiel et permet de cerner la dimension pragmatique du discours. » (p. 439)

« Les modes de construction des savoirs sont également au coeur des approches de la métaphore et de son rôle heuristique. L’intérêt très fort pour la métaphore s’explique par les débats qu’elle nourrit sur une vision idéaliste de la raison, ou l’idée de vérités pré-établies et d’un langage transparent. En analyse des textes et des discours, l’enjeu est de rompre avec la tentation ontologique des terminologies basées sur des mots-clés pris isolément en tant que termes « propres », au profit d’études qui restituent à la conceptualisation et aux savoirs leur dimension dynamique, que ce soit dans les textes d’un même auteur (Valette, 2006) ou dans l’intertexte d’un champ de recherches et de la communication scientifique, au sens large proposé par D. Jacobi (1999). » (p. 439).

Les analyses linguistiques s’intéressent aussi aux questions d’énonciation et de pragmatique :

« Au niveau de son mode énonciatif, le discours scientifi que se rattache au discours théorique prototypique tel qu’il a été mis en évidence à partir des typologies énonciatives de textes (Bronckart et al., 1985). Il se caractérise par un effacement énonciatif : discours désembrayé et objectivant, il s’autonomise par rapport à la situation où il a été produit (Philippe, 2002 ; Rabatel, 2004). Il faut ajouter à cela qu’il a un mode mimétique spécifique, puisqu’il s’agit d’un discours qui vise le vrai (Bronckart, 1985 ; Rastier, 2005). » (p. 439)

Au-delà de la question des manifestations pronominales de l’auteur, les recherches étudient notamment les notions d’attitude, d’ethos, d’image de soi, de figure, de posture, de position, d’autorité.

« Certains phénomènes énonciatifs se révèlent ainsi particulièrement intéressants pour analyser le statut épistémique des assertions, autrement dit les nuances (« hedges ») et les renforcements (« boosters ») permettant d’établir le certain et l’incertain, ou le possible et le probable (Liddicoat, 1997 ; Clemen, 1998 ; Hyland, 1998 ; Koutsantoni, 2004 ; Vold, 2008). À ce titre, les sources du savoir (d’où le locuteur tient-il ce qu’il dit ?) sont essentielles. Deux vastes champs abordent cette question dans le discours scientifique : 1) les études de l’évidentialité (au sens d’« evidentality ») (Grossmann & Wirth, 2007) ; 2) les études de la citation et des références à d’autres travaux et points de vue. » (p. 440)