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samedi 28 décembre 2019

Pour mieux comprendre l'individualisme


De Singly, François (2011). L’individualisme est un humanisme. La Tour-d’Aigues : Éditions de l’Aube.

L'auteur distingue plusieurs catégories d'individualisme et analyse leurs rapports tout en faisant ressortir quelles sont les conditions nécessaires pour que l'individualisme puisse être qualifié d'humanisme.

lundi 16 décembre 2019

Vaste égout

Les réseaux sociaux de ce monde sont pour l'essentiel un vaste égout, bien minimes sont les exemples de sains dialogues.

jeudi 12 décembre 2019

La contemplation mise à mort

Nous avons cessé de contempler pour mieux transformer tout ce qui nous entour, y compris nous-mêmes. Ce faisant, nous ne savons presque plus penser en profondeur.

Entre l'excès et la maîtrise

Dans ce monde où tout nous incite à laisser libre cours à nos moindres désirs, à nos plus petits caprices, la seule maîtrise qui est réellement exigée est celle qui fait de nous des êtres productifs.

Un projet raté

La modernité s'est voulue projet d'avenir et perfectionnement de l'homme. Le moins qu'on puisse dire c'est que tout a foiré !

lundi 9 décembre 2019

Alberto Manguel un auteur à lire et à relire


Pour qui aime les auteurs, les bibliothèques, la littérature, la lecture, les livres, les mots, la pensée intelligente.

Manguel, A. (2018). Je remballe ma bibliothèque. Une élégie et quelques digressions. Paris / Montréal : Actes Sud / Leméac.

Manguel, A. (2015). De la curiosité. Paris / Montréal : Actes Sud / Leméac.

Manguel, A. (2013). Le voyageur et la tour. Le lecteur comme métaphore. Paris / Montréal : Actes Sud / Leméac.

Manguel, A. (2011). Nouvel éloge de la folie. Essais édits et inédits. Paris / Montréal : Actes Sud / Leméac.

Manguel, A. (2009). La cité des mots. Paris / Montréal : Actes Sud / Leméac.

Manguel, A. (2009). La bibliothèque, la nuit. Paris : Babel.

Manguel, A. (2004). Kipling – une brève biographie. Paris / Montréal : Actes Sud / Leméac.

Manguel, A. (2004). Journal d’un lecteur. Paris / Montréal : Actes Sud / Leméac.

Manguel, A. (2003). Chez Borges. Paris / Montréal : Actes Sud / Leméac.

Manguel, A. (2000). Dans la forêt du miroir. Essais sur les mots et le monde. Paris / Montréal : Actes Sud / Leméac.

Manguel, A. (1998). Une histoire de la lecture. Paris / Montréal : Actes Sud / Leméac.

Manguel, A., Rouquet, C. (2011). Conversations avec un ami. Entretiens. Montréal : Leméac. Collection l’écritoire.

jeudi 5 décembre 2019

Se prendre pour quelqu'un d'autre

À force de se prendre pour Dieu, de plus en plus l'être humain fait de ce monde un enfer.

Asservissement

À la place de Dieu nous avons mis l'économie au-dessus de nous. Quelle victoire !

La forme

Notre époque se caractérise par le fait, entre autres, que la forme prend le pas sur le fond.

Une raison souple

La Raison n'est jamais plus raisonnable que lorsqu'elle fait preuve de souplesse.

Suspicion

Si la suspicion est néfaste dans un couple, elle est en revanche essentielle en recherche.

L'invisible

Il faut prendre acte du fait que ce qui est visible n'est pas l'entièreté de la chose.

Complexité

Ne jamais oublier que ce qui semble simple est probablement complexe.

Clarté

Toujours se souvenir que ce qui paraît clair ne l'est probablement pas.

mercredi 4 décembre 2019

La nature sociale de l'esprit humain

L'esprit est de nature social pour trois principales raisons :

1- parce que nos raisons d'agir se comprennent uniquement en les mettant en lien avec un environnement social;

2- la singification de nos actions et de nos dires implique des standards publics de correction;

3- des manières d'agir pour peut dire instinctives et collectivves sous-tendent le travail de notre raison.

RÉFÉRENCES :

Bouvier, A. (1999). Philosophie des sciences sociales. Un point de vue argumentativiste en sciences sociales. Paris : PUF. Collection « L’interrogation philosophique ».

Bronner, G. (2007). L’empire de l’erreur. Éléments de sociologie cognitive. Paris : PUF.

Laugier, S. (1999). Du réel à l’ordinaire. Quelle philosophie du langage aujourd’hui ? Paris : Vrin.

Le Du, M. (2004). La nature sociale de l’esprit. Wittgenstein, la psychologie et les sciences humaines. Paris : Vrin.

Ogien, A. (2007). Les formes sociales de la pensée. La sociologie après Wittgenstein. Paris : Armand Colin.

Pettit, P. (2004). En société. Essais de métaphysique sociale et de méthodologie. Paris : PUF.

Pharo, P. (1997). Sociologie de l’esprit. Conceptualisation et vie sociale. Paris : PUF.

Quéré, L. (1999). La sociologie à l’épreuve de l’herméneutique. Essais d’épistémologie en sciences sociales. Paris : L’Harmattan.

mardi 3 décembre 2019

Une gauche transformée

Autrefois, la gauche politique défendait les ouvriers et les pauvres. Aujourd'hui, elle ne pense presque plus à eux, elle n'en a que pour d'autres « opprimés » (autochtones, femmes, minorités ethniques, etc.). Ce faisant, elle a laissé le champ libre à la droite populiste qui propose ses solutions aux malheurs des laissés pour compte de l'économie mondialisée.

mercredi 27 novembre 2019

Une profession qui change...pour le pire

Professeur d'université depuis 23 ans, je n'ai cessé d'entendre mes collègues se plaindre (à bon droit) qu'ils n'ont presque plus de moments pour lire; sentiment que je partage avec eux. Entre les cours, le service à la collectivité, la supervision d'étudiants des cycles supérieurs, les demandes de subventions, les projets de recherches, les publications, l'organisation de symposiums, les conférences et les demandes administratives toujours plus lourdes, le professeur d'université court sans arrêt et n'a que peu de temps pour réfléchir et lire en profondeur. Triste constat pour une profession qui devait être consacrée à la connaissance.

vendredi 22 novembre 2019

Accord et négociation

L'accord est moins le produit d'une négociation que sa condition de possibilité.

Naturalité du langage

Il n'y a pas le langage d'un côté et la nature de l'autre. Il faut en fait considérer le langage dans sa naturalité.

lundi 18 novembre 2019

Methodos

Qu'est-ce que le methodos ? 

Contrairement à la méthode qui relève pour l'essentiel des moyens utilisés pour atteindre les objectifs d'une recherche, le methodos constitue plutôt l’aboutissement du chemin parcouru par un chercheur. De plus, il inclut aussi ce que le chercheur peut dire de son parcours. Le methodos nous donne donc à voir l’engagement du chercheur et les allers-retours qu'il a fait au cours du processus de recherche alors que la méthode est plutôt ou linéaire ou présentée de manière linéaire. La méthodologie d'une recherche est la conjonction du methodos et de la méthode.

Référence :

JÉRÔME VIGNEAULT (août 2019). ANALYSE CRITIQUE DU RECOURS AU CONCEPT D’AUTONOMIE DE L’ÉLÈVE EN ÉDUCATION AU QUÉBEC. UNIVERSITÉ DU QUÉBEC À MONTRÉAL. Projet de thèse de doctorat. Document inédit.



vendredi 15 novembre 2019

Des connaissances essentielles

On entend souvent qu'il faut augmenter le niveau de connaissances des citoyens en sciences de la nature et en technologie. Mais, quand on jette un coup d'oeil sur le monde et tous ses problèmes, ne serait-ce pas plutôt les connaissances en anthropologie, en histoire, en philosophie, en sociologie (en fait en sciences humaines et sociales) dont il faudrait abreuver les citoyens ?

Désinformation

Il n'y a pas plus grande désinformation que l'information véhiculée pas nos médias qui se disent objectifs.

lundi 11 novembre 2019

Olivier Reboul sur l'éducation


Les propos sur l'éducation tenus par le grand philosophe français sont toujours pertinents et on gagne beaucoup à les (re)visiter. 

Reboul, O. (1995). Qu'est-ce qu'apprendre ? Paris : PUF. 6e édition.

Reboul, O. (1984). Le langage de l’éducation. Analyse du discours pédagogique. Paris : PUF.

Reboul, O. (1971). La philosophie de l'éducation. Paris : PUF.

mardi 5 novembre 2019

Eruditio et Scientia

En voulant singer les sciences de la nature, les ciences humaines et sociales ont délaissé l'eruditio au profit de la scientia. Nous y perdons beaucoup.

eruditio et scientia, l'expression se retrouve dans :

Panofsky, E. (1969). L'oeuvre d'art et ses significations. Paris : Gallimard.

samedi 2 novembre 2019

Mes lectures (ou relectures) des quatre derniers mois


Benda, J. (2003). La Trahison des clercs. Paris : Grasset. Collection Les Cahiers rouges. Paru pour la première fois en 1927 et réédité avec une préface inédite en 1946.

Bouvier, A. (1999). Philosophie des sciences sociales. Un point de vue argumentativiste en sciences sociales. Paris : PUF. Collection « L’interrogation philosophique ».

Brague, R. (2013). Le propre de l’homme. Sur une légitimité menacée. Paris : Flammarion.

Chalier, C. (1993). Levinas. L’utopie de l’humain. Paris : Albin Michel. Collection Présences du judaïsme.

Cipolla, C.M. (2012). Les lois fondamentales de la stupidité humaine. Paris : PUF. Rédigé originellement en anglais en 1976.

Gabriel, M. (2019). Pourquoi la pensée humaine est inégalable. Paris : JC Lattès. Paru originellement en allemand en 2018.

Grondin, J. (2004). Introduction à la métaphysique. Montréal : Les Presses de l’Université de Montréal.

Jacques, D.D. (2012). La mesure de l’Homme. Montréal : Boréal.

Ladrière, J. (2001). Les enjeux de la rationalité. Le défi de la science et de la technologie aux cultures. Suivi de : Existence, éthique et rationalité. Nouvelle édition. Montréal : Fides. Les enjeux de la rationalité paru pour la première fois en 1977.

Levinas, E. (2000). Les imprévus de l’histoire. Paris : Le livre de poche. Préface de Pierre Hayat.

Levinas, E. (1999). Liberté et commandement. Paris : Le livre de poche. Préface de Pierre Hayat.

Martin, K. (2016). Le face à face chez Emmanuel Levinas. Publication électronique d’une thèse de doctorat en philosophie soutenue à l’Université Laval en décembre 1998.

Ogien, A. (2007). Les règles de la pratique sociologique. Paris : PUF.

Ogien, A. (2007). Les formes sociales de la pensée. La sociologie après Wittgenstein. Paris : Armand Colin.

Pharo, P. (2004). Morale et sociologie. Paris : Gallimard. Folio essais.

Pharo, P. (2001). Le sens de la justice. Essais de sémantique sociologique. Paris : PUF.

Pharo, P. (1997). Sociologie de l’esprit. Conceptualisation et vie sociale. Paris : PUF.

Pettit, P. (2004). En société. Essais de métaphysique sociale et de méthodologie. Paris : PUF.

Quéré, L. (1999). La sociologie à l’épreuve de l’herméneutique. Essais d’épistémologie en sciences sociales. Paris : L’Harmattan.

Robert, A.-C. (2018). La stratégie de l’émotion. Montréal : Lux. Collection Lettres Libres.

Salem, J. (2013). Les Atomistes de l’Antiquité. Démocrite. Épicure, Lucrèce. Paris : Flammarion. Collection champs essais. Édition revue et corrigée de l’originale parue en 1997.

Steiner, G. (2010). Langage et silence. Paris : Les Belles Lettres.  Nouvelle édition revue et augmentée. Édition originale parue en anglais en 1967.

Steiner, G. (1998). Errata. Récit d’une pensée. Paris : Gallimard.

vendredi 1 novembre 2019

Une collectivité possède un esprit qui lui est propre

Une collectivité peut être théoriquement et méthodoliquement considérée comme un acteur au sens où elle est une instance qui agit, qui juge et qui a des intentions.

mercredi 30 octobre 2019

Ricoeur sur la fiction

Selon Ricoeur, la fiction possède deux fonctions :

1- elle est « révélante »;
2- elle est aussi « transformante ».

«(...) révélante, en ce sens qu'elle porte au jour des traits dissimulés, mais déjà dessinés au coeur de notre expérience praxique; transformante, en ce sens qu'une vie ainsi examinée est une vie changée, une vie autre» (p. 285).

Pour Ricoeur, le récit a aussi un effet cathartique. La catharsis produite par le récit est possible en raison de l'effet de prise de distance par rapport à nos affects. Le récit a ainsi un effet « moral » parfois plus qu'esthétique sur le lecteur.

Référence :

Ricoeur, Paul (1985). Temps et récit 3. Le temps raconté. Paris : Seuil.

Une leçon de Searle

Comme nous l'a appris John Rogers Searle - philosophe américain appartenant au courant analytique, spécialiste de philosophie du langage et de philosophie de l'esprit - s'il est légitime d'analyser de manière critique les intentions et les conventions qui sous-tendent les actes de parole, il ne s'en suit pas que cette analyse concerne le problème de la « valeur de vérité » intrinsèque aux énoncés.

Apprentissage, créativité et liberté

Parce que l'apprentissage ne se fait jamais uniquement par soi-même et est toujours inscrit dans une trame d'intérêts sociaux et supporté par des relations de pouvoir, la liberté et la créativité devraient toujours être comprises en relation avec le contexte social dans lequel elles sont engendrées et utilisées.

jeudi 24 octobre 2019

Dimensions du travail enseignant

Le travail enseignant ne devrait jamais être conceptualisé uniquement en termes de connaissances de la matière et de connaissances didactico-pédagogiques. Il doit plutôt être vu comme un travail qui comprend plusieurs dimensions tant épistémologiques, relationnelles, affectives que stratégiques, dimensions étroitement liées au contexte particulier de l'interaction avec des acteurs particuliers (au premier chef les élèves). 

Importance de la position de l'enseignant vis-à-vis la connaissance

La position d'un enseignant vis-à-vis la connaissance en général influence celle qu'il adopte vis-à-vis la matière à enseigner, vis-à-vis ses élèves et, partant, les activités pédagogiques et d'évaluation qu'il met en place. Or, de trop nombreuses recherches sur les pratiques didactico-pédagogiques tendent à ignorer cela et ne prennent pas le temps de faire émerger cette position de l'enseignant.

Un oubli de certaines recherches en enseignement

Les recherches sur l'efficacité de l'enseignement sont populaires à juste tire car elles ont leur utilité. Mais, bien qu'elles aient de grands mérites, elles oublient trop souvent de prendre en compte ce qui échappe au contrôle de l'enseignant et ainsi, simplifient parfois à outrance la situation étudiée.

Prudence quand on parle des qualités personnelles des enseignants

Bien qu'il n'est pas faut de dire que « l'on enseigne non seulement avec ce que l'on sait mais aussi avec ce que l'on est » et qu'à cet égard, il peut être intéressant de prendre en compte les « qualités personnelles de l'enseignant », ce type d'approche n'est pas sans comporter certains problèmes. 

A) Le fait de posséder une « qualité » ne signifie aucunement que l'on soit capable de l'actualiser.

B) Toutes les « qualités » n'ont pas la même utilité au regard d'une pratique professionnelle donnée.

C) Tous les professionnels doivent-ils posséder les mêmes « qualités » ?

Pour l'analyse de la profession enseignante

Actuellement, trop de chercheurs limitent leur analyse du travail enseignant aux seules dimensions didactiques ou pédagogiques. Pourtant, pour comprendre pleinement le travail enseignant, il faut réaliser une analyse plus complète, analyse qui prend alors en compte les relations entre les acteurs scolaires (enseignant, bien entendu, élèves, parents, cadres scolaires, professionnels ertc.). Cette analyse s'appuie sur une compréhension du contexte (historique et présent) dans lequel ces acteurs interagissent. Ce type d'analyse est nécessaire car l'enseignant est en relation avec plusieurs types d'acteurs mais aussi parce que le travail enseignant est un construit social.

Dans cette optique il s'avère important de comprendre que l'enseignant est impliqué dans deux grands types de relations : 1- les relations à proximité avec les autres acteurs de son école et 2- celles plus à distance avec le ministère de l'éduction, la société, etc.

Cette approche ne fait donc pas l'économie d'une prise en compte des luttes et des débats qui engagent la profession. 

Il ne s'agit pas de comprendre l'enseignement pour guider l'action de l'enseignant mais de comprendre l'enseignement en tant que travail.

Au Québec, les travaux de Maurice Tardif sont, à cet égard, exemplaires.  

Raison et démesure

Nous avons réduit la raison à n'être qu'instrumentale et, appuyés sur notre science et notre technique, nous nous complaisons dans la démesure.

L'appropriation du monde

Le langage de la technique c'est celui de l'appropriation du monde. Malheureusement, nous ne savons plus parler autrement. Pourtant ce langage nous conduit à notre perte.

mardi 15 octobre 2019

Contre les idéologues déguisés en intellectuels


Bien que rédigé il y a presqu'un siècle et bien que le paysage idéologique a considérablement changé, l'ouvrage de Julien Benda demeure intéressant à lire non seulement pour ce qu'il nous apprend sur le contexte de l'époque (la fin des années 1920) mais aussi sur ce qu'il donne à penser pour aujourd'hui. Assurément l'auteur a des positions souvent trop tranchées. Évidemment, on ne peut souscrire à toutes ses idées et certaines sont pour le moins discutables. Mais ce livre est toujours une source d'inspiration pour qui souhaite résister aux idéologues de tous poils déguisés en penseurs sérieux. 

Benda, J. (2003). La Trahison des clercs. Paris : Grasset. Collection Les Cahiers rouges. Paru pour la première fois en 1927 et réédité avec une préface inédite en 1946.

mercredi 9 octobre 2019

Inculte

On est toujours l'inculte de l'autre, certains devraient s'en rappeler.

Profondeur

La profondeur d'une pensée se vérifie notamment par la prudence et l'humilité qui la caractérisent.

Des intellectuels ?

Le problème avec les  « intellectuels » médiatiques c'est qu'ils d'abord médiatiques.

mardi 8 octobre 2019

Impossibilité de croire

Depuis des milliers d'années, l'humain fait tout ce qu'il peut pour qu'il soit impossible de croire en lui.

Héritiers

Nous sommes des héritiers de l'histoire quoi que nous disions ou fassions.

jeudi 3 octobre 2019

Des universités entreprises

Les universités d'aujourd'hui valorisent beaucoup moins le savoir que le rendement.

Prêt-à-penser

À force de se prendre pour une entreprise, le chercheur en vient à ne produire que du prêt-à-penser.

Vaine recherche

En délaissant la culture, le savant a cru pouvoir trouver la vérité.

lundi 23 septembre 2019

Le vide

À se nourrir du vide que nous propose l'industrie du diverstissement, on devient vide soi-même.

Le temps qui manque

Le temps nous manque tout le temps jusqu'à ce que le temps soit écoulé totalement.

Une carrière qui va mal

De plus en plus la carrière de professeur d'université n'a que peu avoir avec la recherche désintéressée de la connaissance.

Ineptie

Il y a dans la folie humaine quelque chose de grandiose mais aussi de profondément inepte.

vendredi 20 septembre 2019

Un oubli majeur

À force de se prendre pour objet d'étude, l'être humain a oublié qu'il n'est pas une chose.

mercredi 18 septembre 2019

Bousiller

En voulant tout dominer, l'être humain en est venu à tout bousiller.

jeudi 12 septembre 2019

Herméneutique et recherche savante

L’herméneutique – à tout le moins celle proposée par Gadamer – nous apprend que la compréhension d’un phénomène est fonction de notre situation présente où s’expriment nos intérêts. C’est dire que la compréhension ne part jamais de rien, car elle se produit sur la base d’une précompréhension, ce que Gadamer nomme une structure d’anticipation. Cette dernière repose sur une tradition de pensée et cette tradition modèle les préjugés de chacun. Selon le philosophe allemand, en vertu du principe du « travail de l’histoire », nous appartenons à une tradition historique, et c’est à partir d’elle que nous abordons le monde. Nos interprétations ne sont donc pas neutres, mais toujours influencées par la tradition à laquelle nous appartenons et qui forme la substance de nos préjugés. En fait, la tradition est à la fois ce qui limite notre compréhension et ce qui la rend possible. Elle est la condition de notre compréhension du monde dans le sens où nous ne comprenons quelque chose qu’à partir d’une précompréhension, laquelle renvoie à notre inscription dans une histoire. Or, cette histoire n’est pas neutre, elle a un effet dans le temps qui se fait sentir et qui modèle notre manière de percevoir et de ressentir. En ce sens, notre histoire (individuelle et collective) conditionne d’avance ce qui sera un objet digne d’attention. Par exemple, en recherche, certains objets d’études, certains questionnements, s’imposent comme légitimes, comme particulièrement pertinents. Une véritable tradition de recherche se construit alors autour de ces objets et de ces questionnements. Ainsi, pour Gadamer, avant d’être un processus subjectif, la compréhension est essentiellement une insertion dans une tradition. L’histoire et la tradition ne sont toutefois pas des freins à la pensée, elles sont plutôt des tremplins à partir desquels nous dialoguons avec le monde. La compréhension du monde est fondamentalement dialogique. Plus précisément, la compréhension et le langage présentent la structure dialogique de la question et de la réponse. Alors, comprendre apparaît comme un processus de dépassement d’une compréhension préalable afin de proposer une nouvelle interprétation d’un phénomène. Ce dépassement vient s’inscrire lui-même dans la tradition. Se noue alors un dialogue entre la tradition et soi, dialogue qui, conduit par la raison, mène à l’élaboration de nouveaux savoirs. Dans un certain sens, c’est de cette façon qu’émergent de nouveaux phénomènes à investiguer, que se construisent de nouvelles disciplines de recherche, que se développent des théories inédites et, partant, que se bâtissent des traditions d’écriture scientifique spécifiques. On l’aura compris, à la suite de Gadamer, nous ne pouvons adhérer à une vision positiviste de la science, car notre relation à la culture, à l’histoire, au social est fondamentalement celle d’une appartenance. Nous sommes exposés à l’histoire; le passé se conserve malgré ses transformations et nous parle à travers la tradition (qui ne doit pas être confondue avec la nostalgie d’un monde ancien). Cette tradition doit être passée au crible de l’analyse critique, car elle englobe aussi les idéologies parfois aliénantes, comme le disait judicieusement Habermas. Nous pensons le monde à partir de notre situation, notre vision est donc toujours finie, mais l’horizon qui est le nôtre se déplace avec nous.  Ce qui fut horizon du passé peut rencontrer l’horizon du présent : ce que Gadamer appelait « fusion des horizons ». En proposant l’idée de fusion des horizons, Gadamer réfute à la fois l’objectivisme, qui ne se pense pas comme conscience historiquement ancrée, et l’idéalisme de type hégélien, qui pense l’histoire comme horizon unique, l’histoire comme avènement de la Raison. Cette fusion des horizons est possible du fait que l’individu est conscient d’être exposé aux effets du monde et que les productions concernant ce monde agissent dans ses actes de compréhension. La tradition est continuellement comprise à partir de l’horizon du présent, elle est réinterprétée par rapport à notre situation présente. Pour nommer ce processus, Gadamer parle d’application. Bien qu’elle agisse sur nous, nous ne subissons pas simplement la tradition, nous agissons plutôt sur elle et, ce faisant, nous agissons sur nous (l’application au sens où l’entend Gadamer). De la sorte, si nous ne sommes jamais de parfaits innovateurs, nous ne sommes pas non plus de simples suiveurs. En définitive, si la compréhension est conditionnée par une tradition historique et celle-ci vient à nous à travers une langue, la langue n’est donc pas un outil neutre, extérieur à l’interprète, mais le vecteur par lequel passent les traditions interprétatives (et cela se vérifie tout particulièrement dans les approches qualitatives). Certes nous parlons une langue, mais on peut dire aussi que celle-ci parle en nous. Dans la langue, nous retrouvons le patrimoine de connaissances avec lequel nous pouvons questionner et penser le monde. Le langage détermine à la fois le processus et l’objet de la compréhension. Il détermine le processus car comprendre c’est, pour l’essentiel, donner du sens au moyen des mots à notre disposition. Le langage détermine aussi l’objet de la compréhension car un objet ne peut être appréhendé qu’en ayant recours au langage. Si on applique ce qui précède à la recherche qualitative, on comprend que l’écriture de celle-ci est bien plus qu’une question d’outils. Écrire la recherche – et la problématique qu’elle implique – c’est adhérer – et donc proposer – une certaine vision de la science, voire du monde ; c’est aussi, nécessairement, produire du sens en sachant que celui-ci se construit dans et par le langage.

mercredi 11 septembre 2019

Complicité et indifférence

«Les hommes sont complices de ce qui les laisse indifférents.»

Steiner, Georges (2010). Langage et silence. Paris : Les Belles Lettres.  Nouvelle édition revue et augmentée. Édition originale parue en anglais en 1967, p. 147.

lundi 9 septembre 2019

La parlote généralisée


« Notre culture est le règne de la parlote. »

Steiner, Georges (2010). Langage et silence. Paris : Les Belles Lettres.  Nouvelle édition revue et augmentée. Édition originale parue en anglais en 1967, p. 75.

Sans avenir

Un monde qui se croit revenu de tout est un monde sans avenir.

Science et sagesse

Il ne peut y avoir de science que dans le questionnement, il ne peut y avoir de sagesse que dans l'humilité.

vendredi 6 septembre 2019

Les nouveaux oripeaux de l'hybris

Le transhumanisme n'est qu'une des nouvelles formes que prend la folie qui habite l'être humain; cette folie que les Grecs anciens nommaient l'hybris.

Besoin de sagesse

Ce n'est pas tant de plus de science que nous avons besoin mais plutôt de davantage de sagesse.

jeudi 5 septembre 2019

Deux figures contrastées

Les vrais penseurs sont modestes, ont des idées nuancées et savent que leur ignorance est immense. Les charlatans sont arrogants, ont des idées tranchées et sont imbus de leur connaissance.

Proportion inversée

La profondeur des écrits d'un intellectuel est la plupart du temps inversement proportionnelle à sa visibilité médiatique.

Hyper-production des idées

Il en va des idées comme des biens de consommation, leur production à la chaîne n'est pas un gage de qualité, bien au contraire.

Transformation de la pensée

Plus un universitaire devient « médiatique », plus sa pensée devient simpliste.

mercredi 4 septembre 2019

Un mythe à déboulonner

« Dans un essai qui sera publié le 5 septembre, dont on pouvait lire un extrait dans The Guardian hier (We Need New Stories : Challenging the Toxic Myths Behind Our Age of Discontent), l’auteure et chroniqueuse Nesrine Malik fait valoir que le syndrome « on ne peut plus rien dire » est un mythe. Sous le couvert de la défense de la liberté d’expression, ce mythe contribue en réalité à normaliser des discours haineux et à museler ceux qui voudraient y répondre. »

Extrait de la chronique de Rima Elkouri intitulée Maxime et Greta, parue le 4 septembre 2019 dans La Presse à l'adresse suivante :



mardi 3 septembre 2019

Fosse septique

Notre économie néolibérale, nos gouvernements à sa solde, nos élites cupides, nos médias populistes et aveugles sur demande, tout cela n'est qu'une immense fosse septique qui pourrit le monde.

Magistral ratage

Le rêve des Lumières c'était une société démocratique où le peuple, cultivé, éduqué, faisant preuve de raison, exercerait son pouvoir pour se diriger lui-même au mieux de l'intérêt général. Le moins qu'on puisse dire c'est que ce rêve ne s'est jamais réalisé et qu'à cet égard, nos sociétés sont un magistral ratage.

vendredi 30 août 2019

De nouveaux ennemis

En Occident à tout le moins, les réseaux sociaux sont devenus les ennemis de la raison et de la démocratie.

mardi 27 août 2019

Métaphysique


Partie réputée ardue de la philosophie, la métaphysique a une très longue histoire qui renvoie aux racines de la pensée des Grecs anciens. Cette introduction du philosophe québécois Jean Grondin est pédagogique au meilleur sens du terme. En 370 pages, l'auteur nous fait faire un intéressant tour historique des principales doctrines de la métaphysique. De Parménide à Heidegger, le lecteur est invité à un voyage passionnant au coeur d'une tradition de pensée foissonnante. 

Par contre, le lecteur curieux des derniers développements en métaphysique devra passer son chemin.  Dans ce cas, il ferait mieux de consulter l'impressionnant ouvrage Frédécric Nef Qu’est-ce que la métaphysique ? Paris, Gallimard, collection Folio essais, 2004.



Grondin, Jean (2004). Introduction à la métaphysique. Montréal : Les Presses de l’Université de Montréal.

lundi 26 août 2019

Les universités à la dérive

Pour quelques sous de recherche, pour plus de reconnaissance, pour flatter leur égo, les professeurs d'université ont accepté peu à peu que les universités deviennent des entreprises - et non plus des institutions - qui n'ont plus grand chose à voir avec ce qu'était leur mission fondamentale.

Noble mission mise à mal

Nous, professeurs d'université, sommes rarement à la hauteur de notre mission traditionnelle. En fait, cette mission est de plus en plus abandonnée

Naïveté

Ceux qui espèrent que les puissants pensent à autre chose qu'à leurs intérêts sont des naïfs qui croient le discours de ces mêmes puissants.

Ennemis de l'université

Les ennemis de la connaissance se retrouvent maintenant au sein même des universités.

Combat

Quand la science critique les puissants, ceux-ci tentent de la faire mourir.

Perte annoncée

Étourdi par sa capacité technique, l'être humain est en train de se perdre.

vendredi 23 août 2019

Un philosophe québécois à lire


Jean Grondin:
 
Grondin, J. (2013). Paul Ricœur. Paris : PUF. Que sais-je? 1ère édition.
Grondin, J. (2013). Du sens des choses. L’idée de la métaphysique. Paris : PUF.
Grondin, J. (2012). La philosophie de la religion. Paris: PUF. Que sais-je? 3e édition.
Grondin, J. (2011). Hans-Georg Gadamer. Une biographie. Paris : Grasset.
Grondin, J. (2011). À l'écoute du sens : entretiens avec Marc-Antoine Vallée. Montréal : Bellarmin. Collection L'essentiel.
Grondin, J. (2011). L’herméneutique. Paris : PUF. Que sais-je? 3e édition.
Grondin, J. (2004). Introduction à la métaphysique. Montréal : Les Presses de l’Université de Montréal.
Grondin, J. (2003). Du sens de la vie. Montréal : Bellarmin. Collection L’essentiel.
Grondin, J. (2003). Le tournant herméneutique de la phénoménologie. Paris : PUF. Collection Philosophies.
Grondin, J. (1999). Introduction à Hans-Georg Gadamer. Paris : Cerf.
Grondin, J. (1993). L'universalité de l'herméneutique. Paris : PUF.

Quelques mots sur les idées de Bourdieu

Ce qui est marquant chez Pierre Bourdieu c’est sa catégorisation des divers groupes sociaux selon des champs lesquels semblent plutôt hermétiques, ce qui limite grandement la mobilité.  Le sociologue français soutient que ce que l'on nomme couramment des dons sont en fait des compétences socialement définies et naturalisées par la classe dominante.  Permettant de masquer la domination des élites, cette appréhension d’une moins forte capacité qu’auraient supposément les pauvres à produire des individus doués, se veut en quelque sorte une sorte de racisme de classes. Cette catégorisation que nous savons trop générale et trop rigide des diverses classes, a tout le même le mérite de renvoyer au concept d’habitus. À partir de ce concept, Bourdieu est parvenu à démontrer à quel point les individus pouvaient intérioriser certains de leurs comportements par la socialisation. Par cette reproduction inconsciente des comportements qui l’entourent, l’individu en vient à se développer une identité qui s’inscrit en écho et en reconnaissance avec ses pairs. 

mercredi 21 août 2019

Des pseudos philosophes à la française

La France a cette fâcheuse tradition des (pseudos) philosophes médiatiques qui se prononcent sur tout et sur rien et qui, bien que cultivés, n'en cultivent pas moins une pensée superficielle. Leurs succès de librairie et leur omniprésence dans certains médias masquent le vide de leurs propos. Ce n'est pas chez eux que se trouve la philosophie sérieuse et profonde.

dimanche 11 août 2019

Quand les frères De Goncourt écrivaient l’histoire

De Goncourt, E., De Goncourt, J. (Sans date). Histoire de Marie-Antoinette. Revue et augmentée de lettres inédites et de documents nouveaux tirés des archives nationales, publié à Paris par G. Charpentier en 1879. Version numérique A public domaine book.

Une plaidoirie pour la reine d’origine autrichienne, un réquisitoire contre la Révolution. Une écriture comme on ne la pratique plus aujourd’hui, surannée mais justement intéressante et divertissante parce que surannée.

vendredi 2 août 2019

Une trilogie philosophique à lire impérativement


Du philosophe allemand Markus Gabriel ...

Gabriel, M. (2014). Pourquoi le monde n'existe pas. Paris : JC Lattès. 

Gabriel, M. (2016). Pourquoi je ne suis pas mon cerveau. Paris : JC Lattès. 

Gabriel, M. (2019). Pourquoi la pensée humaine est inégalable. Paris : JC Lattès.



mardi 23 juillet 2019

Analyse thématique en recherche qualitative

Elle peut être utilisée seule ou combinée à d’autres méthodes. L’analyse thématique a pour objectif de faire ressortir les thèmes fondamentaux contenus dans le discours des participants et associés à la problématique du chercheur. Elle se divise essentiellement en deux principales étapes ou fonctions : 1- la thématisation et 2- l’identification de parallèles ou documentation des divergences entre les thèmes émergents. L'objectif est de construire un panorama du phénomène investigué ce qui peut conduire à la construction d'un arbre thématique.

jeudi 18 juillet 2019

Triste

Le monde devient de plus en plus sauvage et le déficit démocratique se creuse chaque jour. Les démagogues de droite font la loi et il est à craindre que la barbarie augmente significativement dans les prochaines années.

lundi 8 juillet 2019

Intérêt de l’État

Certains glorifient les États, d’autres se rappellent que ceux-ci ont toujours fait passer l'intérêt des riches avant celui des humbles.

Limite éthique

L’éthique des riches s’arrête là où commence leur compte en banque.

mercredi 26 juin 2019

Le sujet de la modernité tardive


Le sujet de la modernité tardive ne s'inscrit plus désormais dans un ordre qui le dépasse, qui lui donne place et sens dans la direction de sa vie. À chaque nouvelle étape, à chaque nouveau carrefour, le sens de la vie peut faire l'objet d'une remise en question fondamentale. Chaque pas est une nouvelle aventure qui peut conduire le sujet vers des horizons insoupçonnés. Rien n'est totalement donné, rien n’est acquis, le sujet est un devenir sans fin. La désacralisation des institutions (mais aussi de la raison et des valeurs) met à mal le sens du social et, dans une certaine mesure, laisse le sujet relativement solitaire devant l’obligation de donner du sens aux événements, aux phénomènes, aux faits, à son expérience. Le sujet se révèle ainsi dans la distance à l’expérience. Parce que la société n’a plus de centre, parce que l’action ne répond plus à une seule logique, parce que les institutions sont affaiblies, le sujet se construit à travers la recomposition significative de son expérience personnelle.

Posture épistémologique

Nous refusons de la coupure épistémologique typique du positivisme et de son avatar actuel le post-positivisme. Nous considérons que les faits collectés ne sont essentiellement que des réponses à des questions (le positivisme l'oublie toujours). Ainsi, la réalité va toujours au-delà des réponses qu'on se donne. Par ailleurs, selon nous, il n’y a pas de démarcation radicale entre science et sens commun. Conséquemment, les savoirs issus des recherches se déploient dans le même champ ontologique que les autres pratiques sociales. Ce qui ne conduit pas à annuler la spécificité du regard du chercheur. L’interprétation basée sur des savoirs savants n’est toutefois pas en extériorité par rapport à la pratique de sorte que la théorie est un moment de la praxis.

mardi 25 juin 2019

À l'école des anciens


Pour comprendre trois grands penseurs de l'Antiquité :

Salem, Jean (2013). Les Atomistes de l’Antiquité. Démocrite. Épicure, Lucrèce. Paris : Flammarion. Collection champs essais. Édition revue et corrigée de l’originale parue en 1997.

mercredi 19 juin 2019

Filiation et transfert d’objets scientifiques dans les écrits de recherche


Note de lecture

Référence électronique :

Francis Grossmann, Agnès Tutin et Pedro Paulo Garcia Da Silva, « Filiation et transfert d’objets scientifiques dans les écrits de recherche », Pratiques [En ligne], 143-144 | 2009, mis en ligne le 19 juin 2014, URL : http://pratiques.revues.org/1447

La notion de filiation scientifique :

« Parler de filiation scientifique conduit à établir l’existence d’une lignée, s’établissant sur la base d’affinités ou de courants plus ou moins institutionnalisés, et qui incluent un auteur dans une communauté. » (p. 187)

« Le marquage de la filiation s’effectue en référence à un paradigme épistémologique ou à un courant de pensée (l’intuitionnisme, le constructivisme, le behaviorisme, etc.), un domaine scientifique pré-construit, qui peut avoir des frontières plus ou moins larges (la linguistique de l’énonciation, la psychologie cognitive, les neurosciences, etc.). Elle peut aussi renvoyer à un auteur particulier, ou à un groupe – équipe de recherche, école de pensée –, avec lesquels le chercheur a des affinités, ou auquel il emprunte tout ou partie de son cadre théorique ou de la démarche méthodologique mise en oeuvre. » (p. 187)

« Dans notre approche, la notion de filiation est limitée aux cas bien précis dans lesquels l’auteur du texte scientifique, en se référant à un auteur, ou à un courant théorique, ou encore à une école de pensée fortement attachée à un auteur ou groupe exprime explicitement à leur égard une forme de dette intellectuelle.» (p. 188)

Son importance :

« Pour l’apprenti-chercheur, il s’agit là d’un aspect important, parce que l’explicitation de la filiation le conduit à mieux cerner sa propre identité de chercheur. » (p. 187)

Fait à noter au sujet des doctorants :

« Dans un travail antérieur (Rinck, Boch & Grossmann, 2007), nous avons pu montrer que les doctorants se réfèrent moins que les auteurs confirmés à différents points de vue, mobilisent moins de noms d’auteur, et se réfèrent moins à des courants particuliers, étiquetés sous des formes telles que le structuralisme, les fonctionnalistes, etc. Ce déficit s’explique principalement par la difficulté qu’éprouvent les nouveaux entrants dans le champ académique à trouver les moyens d’une véritable affiliation, permettant leur propre positionnement. » (p. 187)

Objet d’analyse des auteurs :

« Nous nous intéresserons donc quant à nous préférentiellement au geste d’inscription explicite, à la fois pour des raisons pratiques (limité généralement au cadre de l’énoncé, il est plus facile à repérer), et pour des raisons théoriques (en tant qu’acte assumé il nous semble plus significatif, et il engage un positionnement plus net). Il reste qu’il serait également très intéressant d’étudier la forme implicite, qui est sans doute maniée plus habilement par les experts. » (p. 189)

Méthodologie utilisée par les auteurs :

« La manifestation de la forme explicite de la filiation scientifique et des transferts de connaissance dans les articles scientifiques présuppose les quatre catégories suivantes :
-       La place énonciative correspondant à la figure de l’auteur, producteur de contenu scientifique, dont on peut observer les traces énonciatives à travers les indices personnels (nous, je, on...) et/ou des substituts lexicaux de l’auteur (notre/mon/ce travail, article, approche...) ;
-       Un processus d’appropriation/reprise qui se traduit lexicalement à travers des expressions verbales telles que se situer dans (la lignée de), utiliser, mobiliser, reprendre, recourir à, se référer à, prolonger ; ou se marque par des locutions prépositives : à la suite de X.
-       L' « objet » scientifique repris : modèle, idée, définition, concept, terme, théorie, méthodologie...
-       L’auteur convoqué ou ses substituts (école, approche, etc.), à qui est parfois prêté, mais pas obligatoirement (5) un certain contenu énonciatif.»  (p. 189)


Corpus de textes analysés :

« Notre corpus, issu du corpus KIAP, se compose d’un sous-corpus de 50 articles en linguistique (286.000 mots) et d’un sous-corpus de 50 articles en économie (374.500 mots). Le corpus de linguistique est constitué d’articles de linguistique générale et de sémantique, tirés des revues suivantes : Langue Française (13 articles de 2001–2002), Marges Linguistiques (2 articles de 2001), Revue de Sémantique et Pragmatique (17 articles de 1999–2001), Travaux de Linguistique (18 articles de 2001–2002). Le corpus d’économie se décompose de la façon suivante : Annales d’Économie et de Statistique (34 articles de 1998 à 2001), Économie Appliquée (7 articles de 2000 et de 2001), Revue Économique (9 articles de 2000 et 2001). Le corpus d’économie est formé de revues également plutôt généralistes, et bien connues dans le domaine francophone, les revues les plus prestigieuses en économie étant toutes anglophones. » (p. 189-190)

Résultats :

Différences selon les disciplines…

« Nous avons rencontré 60 occurrences de la filiation et du transfert dans le sous-corpus d’articles en économie et 30 occurrences dans le sous-corpus de linguistique. Ce résultat indique une différence de portée du phénomène dans ces deux disciplines, nettement plus représenté dans le sous-corpus d’économie […] ». (p. 190)

Prépondérance du on et du nous…
« C’est pour l’auteur producteur de contenu scientifique que la variété des formes est la plus limitée. Dans cette catégorie, on observe la forte prépondérance des on et nous, et bien plus rarement je. » (p. 190)

Marquage et instanciation…

« Notons que le marquage de la filiation peut se passer des formes on ou nous (voire je) en se référant plus directement à l’article scientifique donné à lire (par exemple : cet article s’inscrit dans la théorie de X). D’après nos observations en corpus, ce cas de figure n’est cependant pas si fréquent, et apparaît moins que les formes correspondantes avec on et nous ou avec des groupes nominaux accompagnés de possessifs qui renvoient à l’auteur (ou aux auteurs) comme dans notre approche. L’article lui-même est souvent instancié grâce à des déictiques comme ici. Ainsi, en (2), (3) et (4) l’auteur est représenté par on ou par nous mais une localisation s’effectue grâce au terme ici. » (p. 190)

Argument d’autorité…

« Il faut rappeler que l’argument d’autorité continue à avoir une certaine importance, dans les sciences contemporaines, si l’on considère le caractère cumulatif du travail scientifique: puisqu’il faut s’appuyer sur les travaux antérieurs, les critères de reconnaissance académique et l’autorité des publications reconnues continuent, généralement à bon droit, de justifier l’appui sur les pairs et les prédécesseurs. Cependant la place principale est donnée, en principe, aux appuis empiriques, et ce dans tous les domaines de la connaissance, ce qui invalide le procédé par lequel certains étudiants et néophytes dans la recherche l’utilisent comme une « roue des secours » permettant de pallier un manquement empirique. » (p. 192)

Remarque personnelle sur le texte :

En somme, ce que le texte fait ressortir c’est que, bien qu’ayant des points communs, les pratiques sont spécifiques aux disciplines.