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mercredi 19 juin 2019

Filiation et transfert d’objets scientifiques dans les écrits de recherche


Note de lecture

Référence électronique :

Francis Grossmann, Agnès Tutin et Pedro Paulo Garcia Da Silva, « Filiation et transfert d’objets scientifiques dans les écrits de recherche », Pratiques [En ligne], 143-144 | 2009, mis en ligne le 19 juin 2014, URL : http://pratiques.revues.org/1447

La notion de filiation scientifique :

« Parler de filiation scientifique conduit à établir l’existence d’une lignée, s’établissant sur la base d’affinités ou de courants plus ou moins institutionnalisés, et qui incluent un auteur dans une communauté. » (p. 187)

« Le marquage de la filiation s’effectue en référence à un paradigme épistémologique ou à un courant de pensée (l’intuitionnisme, le constructivisme, le behaviorisme, etc.), un domaine scientifique pré-construit, qui peut avoir des frontières plus ou moins larges (la linguistique de l’énonciation, la psychologie cognitive, les neurosciences, etc.). Elle peut aussi renvoyer à un auteur particulier, ou à un groupe – équipe de recherche, école de pensée –, avec lesquels le chercheur a des affinités, ou auquel il emprunte tout ou partie de son cadre théorique ou de la démarche méthodologique mise en oeuvre. » (p. 187)

« Dans notre approche, la notion de filiation est limitée aux cas bien précis dans lesquels l’auteur du texte scientifique, en se référant à un auteur, ou à un courant théorique, ou encore à une école de pensée fortement attachée à un auteur ou groupe exprime explicitement à leur égard une forme de dette intellectuelle.» (p. 188)

Son importance :

« Pour l’apprenti-chercheur, il s’agit là d’un aspect important, parce que l’explicitation de la filiation le conduit à mieux cerner sa propre identité de chercheur. » (p. 187)

Fait à noter au sujet des doctorants :

« Dans un travail antérieur (Rinck, Boch & Grossmann, 2007), nous avons pu montrer que les doctorants se réfèrent moins que les auteurs confirmés à différents points de vue, mobilisent moins de noms d’auteur, et se réfèrent moins à des courants particuliers, étiquetés sous des formes telles que le structuralisme, les fonctionnalistes, etc. Ce déficit s’explique principalement par la difficulté qu’éprouvent les nouveaux entrants dans le champ académique à trouver les moyens d’une véritable affiliation, permettant leur propre positionnement. » (p. 187)

Objet d’analyse des auteurs :

« Nous nous intéresserons donc quant à nous préférentiellement au geste d’inscription explicite, à la fois pour des raisons pratiques (limité généralement au cadre de l’énoncé, il est plus facile à repérer), et pour des raisons théoriques (en tant qu’acte assumé il nous semble plus significatif, et il engage un positionnement plus net). Il reste qu’il serait également très intéressant d’étudier la forme implicite, qui est sans doute maniée plus habilement par les experts. » (p. 189)

Méthodologie utilisée par les auteurs :

« La manifestation de la forme explicite de la filiation scientifique et des transferts de connaissance dans les articles scientifiques présuppose les quatre catégories suivantes :
-       La place énonciative correspondant à la figure de l’auteur, producteur de contenu scientifique, dont on peut observer les traces énonciatives à travers les indices personnels (nous, je, on...) et/ou des substituts lexicaux de l’auteur (notre/mon/ce travail, article, approche...) ;
-       Un processus d’appropriation/reprise qui se traduit lexicalement à travers des expressions verbales telles que se situer dans (la lignée de), utiliser, mobiliser, reprendre, recourir à, se référer à, prolonger ; ou se marque par des locutions prépositives : à la suite de X.
-       L' « objet » scientifique repris : modèle, idée, définition, concept, terme, théorie, méthodologie...
-       L’auteur convoqué ou ses substituts (école, approche, etc.), à qui est parfois prêté, mais pas obligatoirement (5) un certain contenu énonciatif.»  (p. 189)


Corpus de textes analysés :

« Notre corpus, issu du corpus KIAP, se compose d’un sous-corpus de 50 articles en linguistique (286.000 mots) et d’un sous-corpus de 50 articles en économie (374.500 mots). Le corpus de linguistique est constitué d’articles de linguistique générale et de sémantique, tirés des revues suivantes : Langue Française (13 articles de 2001–2002), Marges Linguistiques (2 articles de 2001), Revue de Sémantique et Pragmatique (17 articles de 1999–2001), Travaux de Linguistique (18 articles de 2001–2002). Le corpus d’économie se décompose de la façon suivante : Annales d’Économie et de Statistique (34 articles de 1998 à 2001), Économie Appliquée (7 articles de 2000 et de 2001), Revue Économique (9 articles de 2000 et 2001). Le corpus d’économie est formé de revues également plutôt généralistes, et bien connues dans le domaine francophone, les revues les plus prestigieuses en économie étant toutes anglophones. » (p. 189-190)

Résultats :

Différences selon les disciplines…

« Nous avons rencontré 60 occurrences de la filiation et du transfert dans le sous-corpus d’articles en économie et 30 occurrences dans le sous-corpus de linguistique. Ce résultat indique une différence de portée du phénomène dans ces deux disciplines, nettement plus représenté dans le sous-corpus d’économie […] ». (p. 190)

Prépondérance du on et du nous…
« C’est pour l’auteur producteur de contenu scientifique que la variété des formes est la plus limitée. Dans cette catégorie, on observe la forte prépondérance des on et nous, et bien plus rarement je. » (p. 190)

Marquage et instanciation…

« Notons que le marquage de la filiation peut se passer des formes on ou nous (voire je) en se référant plus directement à l’article scientifique donné à lire (par exemple : cet article s’inscrit dans la théorie de X). D’après nos observations en corpus, ce cas de figure n’est cependant pas si fréquent, et apparaît moins que les formes correspondantes avec on et nous ou avec des groupes nominaux accompagnés de possessifs qui renvoient à l’auteur (ou aux auteurs) comme dans notre approche. L’article lui-même est souvent instancié grâce à des déictiques comme ici. Ainsi, en (2), (3) et (4) l’auteur est représenté par on ou par nous mais une localisation s’effectue grâce au terme ici. » (p. 190)

Argument d’autorité…

« Il faut rappeler que l’argument d’autorité continue à avoir une certaine importance, dans les sciences contemporaines, si l’on considère le caractère cumulatif du travail scientifique: puisqu’il faut s’appuyer sur les travaux antérieurs, les critères de reconnaissance académique et l’autorité des publications reconnues continuent, généralement à bon droit, de justifier l’appui sur les pairs et les prédécesseurs. Cependant la place principale est donnée, en principe, aux appuis empiriques, et ce dans tous les domaines de la connaissance, ce qui invalide le procédé par lequel certains étudiants et néophytes dans la recherche l’utilisent comme une « roue des secours » permettant de pallier un manquement empirique. » (p. 192)

Remarque personnelle sur le texte :

En somme, ce que le texte fait ressortir c’est que, bien qu’ayant des points communs, les pratiques sont spécifiques aux disciplines.

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