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mercredi 19 juin 2019

L'ANALYSE LINGUISTIQUE DES ENJEUX DE CONNAISSANCE DANS LE DISCOURS SCIENTIFIQUE


Note de lecture du texte suivant :

Rinck, Fanny (2010). L'ANALYSE LINGUISTIQUE DES ENJEUX DE CONNAISSANCE DANS LE DISCOURS SCIENTIFIQUE. Un état des lieux. « Revue d'anthropologie des connaissances », Vol 4, n° 3, pages 427 à 450.

article disponible en ligne à l'adresse suivante :

https://www.cairn.info/revue-anthropologie-des-connaissances-2010-3-page-427.htm

Définition du discours scientifique :

Le discours scientifique est entendu ici au sens de discours produit dans le cadre de l’activité de recherche à des fi ns de construction et de diffusion du savoir (p. 428)

Ne pas gommer les différences selon les disciplines :

« Le terme « discours scientifique » gomme les différences de perspective dans les approches » (…) (p. 428)

Perspective de l’auteure :

« Dans notre perspective, il s’agit d’une part de pointer une dimension matérielle, d’ordre sémiotique et linguistique, autrement dit des unités de la langue naturelle, des langages formels, des schémas, des gestes qui sont mobilisés par les chercheurs dans leurs interactions orales, les notes qu’ils griffonnent ou encore les textes qu’ils publient. Ce sont ces unités signifiantes que la description linguistique du discours scientifique prend comme objet. » (p. 428)

Discours scientifique en tant que discours fermé :

« En analyse de discours, le discours scientifique est considéré comme un discours « fermé » (Charaudeau & Maingueneau, 2002, 261) car, dans un domaine donné, ceux qui en sont à l’origine sont peu ou prou ceux auxquels il est adressé. » (p. 428)

Études des sciences comme construction sociale :

« La sociologie des sciences s’accorde à voir en L. Fleck (1934) un précurseur des « science studies » et du constructivisme social. S’intéressant à la genèse et au développement du fait scientifique, il introduit la notion de collectif de pensée. En substance, l’idée est que les faits scientifiques ne sont pas objectivement donnés mais collectivement créés ; la collectivité est partie prenante à travers les styles de pensée, d’ordre socio-culturel, qui rendent conforme une explication en regard d’une pensée dominante. Trois éléments sont ainsi mis en relation : le contenu de la production scientifique, sa dimension sociale et les normes qui la gouvernent. » (p. 430)

Évolution de la sociologie de la science :

Les signes et les textes sont peu à peu envisagés non pas comme de simples support de diffusion mais plutôt comme des dispositifs matériels qui participent à la production des savoirs scientifiques.

La science analysée à travers le discours :

« Les études de la science vont ainsi aborder l’activité scientifique à travers ses discours, avec des questionnements variés qui concernent les dimensions institutionnelles, sociales et cognitives de cette activité. » (p. 432)

Cette analyse se fait à partir de 3 entrées différentes :

1-      le rôle de l’éditorialisation dans la constitution des disciplines et l’institutionnalisation des savoirs,
2-      les fondements sémiotiques de la rationalité scientifique et son lien étroit avec l’écrit;
3-      le champ de la rhétorique de la science (l’accent sur les interactions en jeu à travers les textes et sur la manière dont le discours scientifique doit persuader ses destinataires du bien-fondé de ce qui est avancé)

Sur la question de la rhétorique :

« En opposition à une rhétorique qui serait en quelque sorte « ornementale », une approche plus radicale est proposée, qui dépasse le cadre des sciences de la science et concerne toute la rhétorique argumentative américaine. Reliant la rhétorique et l’action, cette approche défend l’idée d’une rhétorique épistémique (Scott,1967), attentive à la production du savoir à travers le discours. Dans cette perspective, la sémiographie propre au discours scientifique, que l’on a évoqué précédemment, est à intégrer à sa dimension rhétorique. » (p. 434)

La science en tant que pratique prend en compte l’interaction individus et savoirs :

« […] à l’instar de B. Latour et P. Fabbri (1977, p. 82), que la science, envisagée en tant que pratique, recouvre deux aspects, celui des individus et celui des savoirs produits. Leur mise en relation, défendue par ces deux auteurs, peut se faire à travers l’étude des textes et des interactions produites dans et constitutives des communautés de discours scientifiques et de leur activité. » (p. 434)

« La mise en relation entre les acteurs de la science et le contenu de leur production est à chercher du côté des formes et des conditions de la production située de connaissances universelles. » (p. 435)

Analyses linguistiques :

L’auteure se centre sur le verbal et laisse de côté les études sur la pluri-sémioticité.

Dans la partie du texte qui porte sur l’analyse linguistique, l’auteure cherche à :
« […] montrer ce que les analyses linguistiques permettent de dire de l’activité scientifique et de ses enjeux de connaissance en fonction des niveaux d’analyse concernés (genres de textes, structure des textes, lexique, énonciation et argumentation). » (p. 435)

Ces recherches sur divisent en 2 grands types :

1-      celles dont l’objectif est la description linguistique à proprement parler;
2-      celles qui visent à cerner le fonctionnement les communautés discursives que sont les communautés scientifiques en procédant à une analyse de leur discours.

À ces 2 grands types s’ajoutent les recherches à visée didactique :

« Au sein des approches didactiques, il s’agit à la fois d’identifier des patrons linguistiques et d’interroger l’acculturation au monde académique et l’analyse des pratiques des étudiants et apprentis-chercheurs s’associe alors à celle des pratiques expertes. » (p. 436)

Consensus sur l’importance de la notion de genre :

L’auteure souligne en page 436 : « La sociologie des sciences rejoint les analyses de discours et la didactique en montrant l’importance de cette notion ».

Définition de genre :

« Les genres sont définis comme des formes communicatives socio-historiquement construites et relativement stables à une époque donnée. Ils renvoient à la dimension collective de l’activité et représentent un héritage dans lequel se moulent nos échanges, mais qui est amené à évoluer. » (436)

Le genre pensé dans une optique spécifique :

L’idée de genre n’est pas prise ici de manière générale (texte scientifique comme genre textuel) mais dans une optique plus spécifique. Ainsi, l’article scientifique (RAC) est un genre pendant que l’academic book review ou compte rendu de lecture en est un autre.

Sur la question de la structure des productions scientifiques :

« Les différences culturelles (Connor, 1987 ; Lucas, 1994 ; Clyne, 1998) et les différences entre oral et écrit (Carter-Thomas et al., 2001) dans la structure de l’information permettent d’étayer les modes de raisonnement dans le discours scientifique, autour notamment de la part de l’induction ou de l’analogie. Le rôle des temps verbaux dans la structure des textes (Liddicoat, 2004) révèle quant à lui comment la démarche de recherche est reconfigurée dans le discours, et quelle part est faite au narratif ou à la prospective. » (p. 437)

À noter : La structure est envisagée en lien avec des fonctions rhétoriques et pragmatiques du texte.

En ce qui concerne le lexique :

« Le lexique occupe une place centrale dans les études du discours scientifique. Le domaine de la terminologie est concerné au plus près, dans une perspective de traduction, d’extraction des connaissances et de traitement de l’information scientifique et technique. » (p. 438)

« […] il importe de dépasser l’approche des mots pris isolément, favorisée par le développement des analyses automatiques de corpus. Les patrons lexicaux fondés sur des associations privilégiées de termes (ou collocations) trouvent ainsi leur place, comme faire une hypothèse ou on peut supposer que) (Drouin, 2007 ; Gledhill, 2000 ; Tutin 2007 ; Williams,1999). » (p. 438)

Globalement, dans les recherches, le lexique est traité dans une approche phraséologique. On s’intéresse aussi aux opérations de désignation et de définition ainsi qu’aux reformulations. « L’enjeu est de cerner les schématisations à l’oeuvre dans le discours scientifique ou à travers ses reprises dans d’autres discours. De même que pour les patrons lexicaux, le lien entre syntaxe et sémantique est essentiel et permet de cerner la dimension pragmatique du discours. » (p. 439)

« Les modes de construction des savoirs sont également au coeur des approches de la métaphore et de son rôle heuristique. L’intérêt très fort pour la métaphore s’explique par les débats qu’elle nourrit sur une vision idéaliste de la raison, ou l’idée de vérités pré-établies et d’un langage transparent. En analyse des textes et des discours, l’enjeu est de rompre avec la tentation ontologique des terminologies basées sur des mots-clés pris isolément en tant que termes « propres », au profit d’études qui restituent à la conceptualisation et aux savoirs leur dimension dynamique, que ce soit dans les textes d’un même auteur (Valette, 2006) ou dans l’intertexte d’un champ de recherches et de la communication scientifique, au sens large proposé par D. Jacobi (1999). » (p. 439).

Les analyses linguistiques s’intéressent aussi aux questions d’énonciation et de pragmatique :

« Au niveau de son mode énonciatif, le discours scientifi que se rattache au discours théorique prototypique tel qu’il a été mis en évidence à partir des typologies énonciatives de textes (Bronckart et al., 1985). Il se caractérise par un effacement énonciatif : discours désembrayé et objectivant, il s’autonomise par rapport à la situation où il a été produit (Philippe, 2002 ; Rabatel, 2004). Il faut ajouter à cela qu’il a un mode mimétique spécifique, puisqu’il s’agit d’un discours qui vise le vrai (Bronckart, 1985 ; Rastier, 2005). » (p. 439)

Au-delà de la question des manifestations pronominales de l’auteur, les recherches étudient notamment les notions d’attitude, d’ethos, d’image de soi, de figure, de posture, de position, d’autorité.

« Certains phénomènes énonciatifs se révèlent ainsi particulièrement intéressants pour analyser le statut épistémique des assertions, autrement dit les nuances (« hedges ») et les renforcements (« boosters ») permettant d’établir le certain et l’incertain, ou le possible et le probable (Liddicoat, 1997 ; Clemen, 1998 ; Hyland, 1998 ; Koutsantoni, 2004 ; Vold, 2008). À ce titre, les sources du savoir (d’où le locuteur tient-il ce qu’il dit ?) sont essentielles. Deux vastes champs abordent cette question dans le discours scientifique : 1) les études de l’évidentialité (au sens d’« evidentality ») (Grossmann & Wirth, 2007) ; 2) les études de la citation et des références à d’autres travaux et points de vue. » (p. 440)

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