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28 septembre 2012

Modernité et postmodernité


La modernité se conjugue avec changement. Mais le changement n’est pas ici anarchie, bien au contraire; il est loin d’aller dans tous les sens, il a un sens bien précis. La modernité concevait en effet l’ordre comme étant la succession ininterrompue de changements allant dans un seul sens : le progrès technique et économique soutenu par une économie de marché (ou programmée comme dans les régimes communistes) et les avancés de la science. Le meilleur était toujours devant. Tout ce qui favorisait le progrès ainsi défini était socialement acceptable, tout ce qui le contrecarrait était nuisible et devait donc être écarté ou carrément éliminé. L’ordre c’était le changement soumis à la science, la technique et à l’économie. Tout ce qui n’allait pas dans ce sens était désordonné. On associait aussi désordre avec impureté. L’impureté était en effet perçue comme relevant du désordre. La modernité refusait ainsi l’impureté en l’associant à tout ce qui ne favorisait pas l’ordre. Toute forme d’impureté devait donc être éliminée. Le saut était facile à faire – et fut fait très souvent – entre impureté, désordre et hétérogénéité sociale et culturelle. Par conséquent, les «différents» (socialement, culturellement, ethniquement, religieusement, sexuellement) étaient persécutés en toute bonne conscience.

Ordre → changement dans le sens du progrès → amélioration du monde

Désordre → refus du changement dans le sens du progrès → destruction du monde

Dans ce cadre, il y a ceux qui sont modernes et qui font la promotion du progrès. Et, il y a ceux qui ne le sont pas ou ne le seront jamais. L’identité passant par l’acceptation et la croyance dans le progrès, ceux qui n’acceptent pas ce progrès ou n’y croient pas ont des identités négatives. Il y a production d’une altérité parfois totale comme dans les idéologies racistes (fascisme, nazisme).

Dans la postmodernité rien de tel. Il n’existe plus un sens, une direction dans laquelle va le progrès. La notion de progrès s’est même en quelque sorte volatilisée. Le monde postmoderne vit toujours du changement mais c’est un changement superficiel qui repose sur une base immuable (bien qu’elle ne soit jamais identifiée comme telle) : la consommation. La consommation c’est une autre manière de dire la jouissance narcissique du moi : «je fais ce qui me plaît, j’achète ce que je veux». Tout peut changer, tout doit changer, sauf la capacité de consommer, sauf mes droits à jouir du plus de liberté possible. On tolère ainsi toutes les libertés en autant qu’elles se conjuguent avec la jouissance narcissique. Dans ce contexte, la pureté n’est plus une préoccupation car il n’y a plus une direction où aller. Il n’y a plus de vérités révélées par la science, plus de solutions à tous les problèmes apportées par la technique. Plus besoin de pureté, seulement besoin de ce qui se consomme et le métissage, dans un contexte d’échanges mondiaux, se consomme bien.  En fait, il n’y a plus d’altérité autre que le fait d’être ou de ne pas être consommateur. La difficulté ici vient moins de la production d’altérité radicale que de l’impossibilité à produire de l’altérité. Penser l’autre comme autre (même s’il demeure un être humain et en cela qu’il continue à partager avec moi quelque chose de commun ayant une valeur en elle-même : notre commune appartenance à l’humanité), sur le plan social ou culturel devient de plus en plus ardu pour nos contemporains. Autrui n’est jamais qu’un pareil à moi qui ne se connaît pas encore…et lorsque cela arrivera, nos différences essentielles disparaîtront; ne restera que les différences «folkloriques». Il y a dans cette manière de penser occidentale quelque chose de naïf et de généreux : tous pourront avoir accès à mon bien-être. Mais, on peut y déceler aussi un vice dangereux : l’incapacité à se sortir de soi, l’impuissance à rencontrer et à dialoguer avec l’altérité, bref, le narcissisme érigé en attitude d’ouverture à autrui.

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