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08 octobre 2020

QUELQUES MOTS À PROPOS DE L’APPRENTISSAGE

 

Introduction

Dans le domaine de l’enseignement, la notion d’apprentissage est incontournable que ce soit à propos des élèves ou des enseignants eux-mêmes qui sont toujours en formation tout au long de leur carrière. C’est pourquoi, j’ai cru bon de rédiger ce petit texte afin de rappeler les grandes lignes de notre compréhension actuelle de ce processus éminemment complexe. Les éléments qui suivent peuvent s’appliquer tout autant en ce qui concerne l’apprentissage des élèves au primaire et au secondaire qu’en ce qui concerne l’apprentissage de professionnels en formation continue en début comme en cours de carrière.

L’apprentissage dans l’enseignement ou la formation classique

La conception traditionnelle de l’enseignement ou de la formation professionnelle concevait essentiellement l’apprentissage dans les termes suivants :

-          enseigner consistait avant tout à informer par le discours;

-          les apprenants devaient avoir les connaissances préalables et le vocabulaire pour suivre l’exposé;

-      chaque apprenant devait être en mesure d’organiser seul l’information afin de comprendre;

-          dans ce modèle on ignorait ainsi les conceptions initiales des apprenants;

-          on postulait qu’un discours bien organisé était en lui-même transparent pour tous;

-          on postulait aussi que l’apprenant allait mémoriser chacune des informations reçues.

En somme, ce modèle d’enseignement ou de formation concevait l’apprentissage d’une manière qui apparaît aujourd’hui assez simpliste.

Que savons-nous de l’apprentissage ?

De nos jours, chacun sait que l’apprentissage est un processus multiforme et complexe (Tardif, 1992). Cependant, même si nous en savons plus qu’avant, nous ne comprenons pas encore tous les rouages de ce processus. Ainsi, ce que nous entendons comme apprentissage prend souvent diverses formes. Par exemple, on assimile l’apprentissage à plusieurs autres notions :

-          comprendre;

-          connaître;

-          mémoriser;

-          découvrir;

-          acquérir de l’expérience;

-          mobiliser un savoir ou une compétence.

Toutefois, deux processus essentiels semblent présents et incontournables dans l’apprentissage :

-          l’élaboration d’un savoir;

-          sa mobilisation.

En fait, on peut dire qu’apprendre c’est en quelque sorte agir, faire, questionner, se confronter (à la réalité et à autrui), s’exprimer, argumenter, mettre en relation. Apprendre c’est tout cela à la fois et plus encore. Apprendre est donc un acte – un processus – plutôt complexe et multiforme.

Une vision de l’apprentissage

Les recherches des dernières années (Giordan, 1998) nous apprennent que l’apprentissage est :

Un processus actif et constructif où les connaissances antérieures jouent un rôle important. C’est aussi un processus où le sujet organise ces connaissances. En ce sens, apprendre nécessite la mobilisation de stratégies. Ces stratégies sont parfois efficaces, parfois non. Il faut donc y réfléchir si on veut améliorer sa façon d’apprendre. Cette amélioration passe notamment par ce qu’on appelle aujourd’hui la métacognition. Enfin, dans l’apprentissage, l’environnement social et physique ainsi que la motivation de l’apprenant jouent un grand rôle.

Quelques conditions pour favoriser l’apprentissage

Les recherches en psychologie, en pédagogie et en didactique nous apprennent qu’apprendre se fait mieux si le processus est :

-          fondé sur la participation des apprenants;

-          s’il est vraiment un processus où les apprenants sont actifs;

-          s’il est réalisé à l’intérieur d’un travail en commun qui implique tous les apprenants;

-     s’il donne la préférence à la co-construction des significations plutôt qu’à leur simple réception.

Ainsi, comme nous le rappelle Jerome Bruner (1996), les quatre maîtres mots en apprentissage pourraient bien être :

-          agir;

-          réfléchir;

-          collaborer;

-          se cultiver (agir en tenant compte de la culture où prend forme l’action).

Conclusion

En somme, notre conception de l’apprentissage ne saurait être sans incidence sur les dispositifs de formation et d’accompagnement du personnel enseignant mis en place dans nos Commissions Scolaires. Dans le cas des enseignants en insertion professionnelle, il apparaît urgent que le milieu se dote de programmes d’insertion en harmonie avec les conceptions actuelles de l’apprentissage.

Références

Bruner, J. (1996). L’éducation, entrée dans la culture. Paris : RETZ.

Giordan, A. (1998). Apprendre ! Paris : Belin.

Tardif, J. (1992). Pour un enseignement stratégique. L’apport de la psychologie cognitive. Montréal : Logiques.

PRÉSENTATION SUCCINCTE D’UN MODÈLE DE MENTORAT

 

On trouvera ici une très courte description d’un modèle de programme de mentorat en 5 étapes. Ce document se veut un simple guide de réflexion.

La première phase

Elle consiste en une formation sur le mentorat offerte aux mentorés. Cette formation s’accompagne d’une explication sur le déroulement du cycle mentoral. Cette étape vise également à permettre aux mentorés ainsi qu’aux mentors de faire connaissance (en vue de la constitution des dyades). Cette étape peut ne durer qu’une demi ou une journée.

La deuxième phase

Son objectif est de guider et de structurer les dyades qui ont été formées. C’est à cette étape que sont discutés les objectifs et les moyens de les atteindre. Cette étape peut ne durer qu’une demi ou une  journée.

La troisième phase

À cette occasion, les mentorés commencent à développer leur esprit critique afin d’analyser plus en finesse les situations qu’ils rencontrent. Par ailleurs, ils travaillent leur capacité à discriminer et hiérarchiser leurs priorités. Commence alors la véritable phase d’échange de savoirs. Cette étape s’échelonne sur plusieurs rencontres mentorales.

La quatrième phase

Cette étape met l’accent sur l’exploration des bénéfices perçus par le mentoré au plan des savoirs. C’est en quelque sorte, une occasion pour le mentoré de faire le point sur ses apprentissages. Cette étape s’échelonne sur plusieurs rencontres mentorales.

La cinquième phase

Cette dernière étape consiste pour l’essentiel en l’évaluation du programme de mentorat. Pour ce faire, il est fortement suggéré de fournir aux participant un guide d’évaluation dans l’optique de recueillir leurs opinions sur l’ensemble du processus. Elle ne dure généralement qu’une demi journée.

L'éducation chez les Grecs anciens : quelques repères

LES SOPHISTES

 

Dans une certaine mesure, on peut dire que les premiers enseignants sont des philosophes, plus spécifiquement les Sophistes. Ce sont des savants, des critiques de la société et leur arme est le langage. Celui-ci est vu avant tout comme un instrument de pouvoir. Ce sont des relativistes qui enseignent qu’il n’existe pas de vérités absolues, que tout est relatif, question d’opinion. Les Sophistes enseignent aux adolescents (garçons) pour de l’argent alors que les enfants sont confiés aux femmes. Ils ne sont spécialistes que de l’enseignement. Ils leur enseignent à bien parler en public, la grammaire, la rhétorique, la dialectique, lesquelles s’opposent à l’arithmétique, la géométrie, l’astronomie et la musique (acoustique). Se dessine donc déjà l’opposition entre deux formes d’éducation générale (paidéia) : l’une convenant à l’ingénieur, l’autre au politicien.


Cet enseignement représente bien le contexte social et culturel des Grecs. Leur société est démocratique et, dans ce cadre, savoir parler est un outil de pouvoir. Leur culture ayant perdu ses repères, les enseignants professent que toute connaissance est relative (la connaissance n’est plus révélation des dieux mais invention des hommes). Cette éducation se distingue de l’éducation familiale, elle se fait en dehors de la famille et moyennant un paiement. Par rapport à l’éducation artisanale, elle est non spécialisée, elle dispense une culture générale.

 

SOCRATE


 

Socrate prétend ne posséder aucun savoir. Il enseigne à tous ceux qui veulent s’entretenir avec lui. Il se comporte ainsi car il cherche à connaître, il cherche l’essence des choses. Il s’oppose à la fois aux Sophistes qui prétendent tout savoir et aux ignorants béats qui ignorent leur ignorance. Socrate est un homme en quête de savoir. Sa façon d’enseigner est la maïeutique, c’est-à-dire l’art du questionnement par lequel le maître fait accoucher le disciple de la vérité qu’il portait en lui mais dont il n'avait plus conscience. Le but de l’apprentissage, pour Socrate, est de connaître non pas pour maîtriser le monde matériel ou pour réussir dans la vie mais pour s’améliorer sur le plan moral. Socrate n’a pas une vision utilitariste du savoir. Pour lui, la connaissance est garante d’une perfectibilité de l’être humain. Plus on sait, mieux on est. Toutefois, la connaissance encyclopédique n’est pas un but en soi. En effet, le «connais-toi toi-même» de l’oracle de Delphes est moins une invitation à tout connaître qu’à approfondir la condition humaine. La première tâche de l’enseignant est donc de faire prendre conscience à autrui de son ignorance pour l’amener à s’interroger.

 

Socrate représente un exemple de l’homme nouveau. Il ne peut plus se satisfaire des croyances traditionnelles, ni des fausses certitudes des supposés savants. Il est l’homme du doute, il cherche les fondements de ses actions et de ses croyances. Mais il est aussi l’homme de la certitude, celle que la vérité existe et que l’homme peut l’atteindre.

 

L’éducation socratique est ainsi une éducation basée sur la conviction que tout être adulte est rationnel, capable d’apprendre. Elle définit aussi l’acte d’apprendre comme un processus où l’apprenant est actif et non passif. Le dialogue est au cœur de ce processus.

 

Socrate sera condamné à mort pour avoir apparemment corrompu la jeunesse athénienne avec ses pratiques et ses idées. Le procès de Socrate c’est un procès contre la pensée qui interroge.


PLATON

 

Platon est un disciple de Socrate. Il a environ 28 ans quand Socrate meurt. Platon veut aller plus loin que Socrate car sa mort est, selon lui, l’échec non pas de sa pensée mais de son éducation ; le dialogue ne suffit pas. Platon va lier étroitement politique et éducation ainsi qu’en témoigne son ouvrage La République. Réformer la société, sortir de la crise de la culture nécessite la création d’un être nouveau. Or, cet être neuf ne peut émerger que par l’éducation. Mieux on éduque, moins on a besoin de coercition.

 

Son système philosophique est fondé sur la dualité du monde. Pour ce philosophe, il existe deux mondes : le nôtre et celui des Idées ou essences. La connaissance véritable porte non pas sur le contingent mais sur l’absolu. Ensuite, l’absolu c’est ce qui ne change pas. Ce qui ne change pas ce sont les Idées pures (le Beau, le Bien, etc.). Le seul savoir qui compte vraiment c’est celui qui porte sur les essences. La connaissance véritable est donc purement contemplative.

 

Pour Platon, connaître c’est répondre à un appel vers l’élévation, c’est un acte passionnel. La nature de l’éducation est un processus de libération qui va des connaissances purement sensorielles vers les Idées pures. Pour lui, le but de l’éducation est de vaincre les passions du corps pour laisser éclore la pensée rationnelle. Pour permettre son atteinte, il faudra un long processus d’apprentissage qui comporte différents paliers où l’individu en formation voit graduellement ses croyances remises en question, où il vit des expériences de rupture (mythe de la caverne).

 

Platon est le premier penseur occidental à concevoir un programme éducatif allant de l’enfance à l’âge adulte. Contrairement à Socrate, l’éducation est ouverte à tous : les garçons comme les filles, les riches comme les pauvres. Le mérite seul déterminera les statuts et vocations. Dans ce cadre, le savoir de l’enseignant ne sera pas limité à savoir parler, comme chez les Sophistes, ou du savoir argumenter comme le faisait Socrate. L’enseignant doit plutôt détenir un savoir objectif basé sur la contemplation des essences. L’activité éducative cesse ainsi graduellement de n’être qu’un modèle de communication pour devenir un véritable programme cognitif. L’accent ne porte plus sur la relation entre deux individus mais sur un triangle : l’enseignant, l’étudiant, le savoir.

 

En s’interrogeant sur les finalités de la connaissance et de l’éducation, Socrate et Platon ont cherché non pas seulement à connaître les objets mais aussi à connaître ce qui est bien, à identifier le Bien. Ainsi, leur enseignement vise en quelque sorte à identifier les savoirs qui doivent diriger notre conduite. Or, pour eux, connaître le Bien c’est obligatoirement le vouloir car la connaissance du bien n’est pas seulement représentation d’un objet mais aussi conscience d’une valeur. En effet, nul ne peut vouloir ce qu’il juge contraire à ses intérêts, ce qu’il croit sincèrement comme mal. Ainsi, pour Socrate et Platon, la volonté est déterminée par la connaissance. Celui qui connaît le vrai Bien voudra le vrai bien. Connaissance et vertu sont donc liées. L’éducation qu’ils visent est donc une éducation morale liée à la société (démocratie) et à la culture (crise).

04 octobre 2020

Deux excellents romans historiques

Reznikoff, Dominique (1993). Judas Iscariote. Paris : Actes Sud.

Ruffin, Jean-Christophe (2012). Le grand Cœur. Paris : Gallimard.