Pour Michel Freitag (sociologue québécois décédé en 2009), le pragmatisme n'est pas seulement une simple école philosophique, il représente le fondement idéologique majeur qui légitime la dissolution des structures normatives, symboliques et politiques de nos société au profit d'une gestion purement technique de la réalité.
Quand le fonctionnel prend le pas sur le sens
Une dissolution du symbolique : Le pragmatisme réduit toute action et toute pensée à leur seule utilité pratique. De sorte que le sens d'une institution ou d'une idée ne se mesure plus par sa valeur symbolique intrinsèque ou encore à sa légitimité historique, mais uniquement à son efficacité opérationnelle.
La perte du jugement critique : En évacuant les repères transcendantaux ou a priori (la justice, la vérité absolue, le bien commun), le pragmatisme remplace le débat démocratique et la réflexion sur les fins par une simple recherche de consensus technique sur les moyens.
Quand la science est réduite à n'être qu'une technologie de gestion
Ingénierie sociale : La vision pragmatique du monde transforme la société en un vaste système à réguler. Les problèmes sociaux, politiques ou écologiques ne sont plus traités à travers une délibération morale ou politique, mais réduits à des dysfonctionnements techniques que des experts peuvent « régler » (problem solving)
Gestion technocratique : C,est ainsi que le gouvernement des hommes devient une simple administration des choses, où l'algorithme, la statistique et l'évaluation quantitative remplacent le politique.
Quand le pragmatisme fait alliance avec la globalisation capitaliste
Légitimation du capitalisme financier : Le pragmatisme est l'allié philosophique naturel de la globalisation capitaliste. En prônant une flexibilité totale et une adaptation permanente aux flux du marché (« être pragmatique »), il désarme toute velléité de résistance idéologique ou de préservation des cultures locales.
Érosion de la liberté historique : En enfermant l'humanité dans l'adaptation perpétuelle au présent et au donné technique, le pragmatisme détruit la capacité des sociétés à s'auto-produire de manière consciente et à projeter un projet d'émancipation politique.