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30 juin 2026

Principales critiques de Michel Freitag à l'endroit de l'individualisme méthodologique (I.M.)

Pour lui l'I.M. est une illusion théorique qui confond l'idéologie néolibérale moderne avec la réalité ontologique de la société.

Premièrement, l'individualisme méthodologique commet une erreur acceptant l'idéologie de son époque. En effet, postuler que l'être humain est un acteur autonome guidé essentiellement par ses besoins et ses choix rationnels est moins une vérité scientifique universelle que l'expression de l'idéologie bourgeoise, libérale et capitaliste. Faire de l'individu un être autosuffisant, cela revient à légitimer le modèle économique du marché plutôt qu'expliquer les dynamiques sociales réelles.
Deuxièmement, l'I.M. contribue à détruire le concept de société car il provoque « l'oubli de la société ». Freitag rappelle que l'être humain n'existe pas avant le tout qu'est la société. Celle-ci est une totalité concrète, historique et significative qui engendre l'individu. Se concentrer uniquement sur le niveau « micro » fait ne sorte que l'IM. ne peut saisir le sens global des institutions et des cultures.
Troisièmement, l'I.M. peut être vu comme un symptôme d'une certaine dérive à savoir la dissolution du lien social. Si la société s'organise uniquement autour d'individus (lesquels sont pensés comme cherchant avant tout à maximiser leurs intérêts personnels), cela entraîne la disparition de la normativité partagée et de l'intersubjectivité. De la sorte, l'action sociale se vide de sa substance symbolique et devient une simple gestion technique, procédurale et managériale de flux et d'intérêts.
Quatrièmement, au lieu de défendre la liberté de l'acteur comme il le prétend, l'I.M., en  réduisant l'action humaine à un simple calcul d'utilité (à l'instar du comportement d'un consommateur), présente en fin de compte l'être humain comme un rouage plus ou moins passif des mécanismes de marché. L'I.M. voit la liberté comme une propriété individuelle quand elle est plutôt une construction sociale et politique (à travers les institutions et une culture partagée).
RÉFÉRENCES :

Freitag, M. (2011). La connaissance sociologique. Dialectique et société. Volume 1. Montréal: Liber. Première parution en 1986.

Freitag, M. (2002). L’oubli de la société. Pour une théorie critique de la postmodernité. Québec : Les Presses de l’Université Laval. 


29 juin 2026

La démocratie ingouvernable

Il y a de cela plus de quarante ans, Pierre Vallières (1938-1998) a écrit un ouvrage fascinant par son analyse, terrifiant par son contenu, visionnaire par son pronostic, sur le contrôle du monde par des puissants au-dessus des démocraties. Ce qu'il documentait alors se produit sous nos yeux aujourd'hui.

Vallières, P. (1979). La démocratie ingouvernable. Montréal : Québec / Amérique.

28 juin 2026

La spécialisation des domaines en sciences humaines et sociales

Celle-ci résulte moins du mode de construction des objets que de la multiplication des intérêts pratiques mobilisés dans les décisions de gestion du social (pris ici au sens le plus large). Les connaissances produites ainsi ne présentent plus (les unes par rapport aux autres) aucune signification théorique. 

27 juin 2026

L'histoire n'est pas un processus

"En tant qu'elle a eu lieu précisément comme histoire, l'histoire est irréductible à un processus : elle comporte une dimension de liberté et de destin; et il est essentiel de le rappeler dans les sciences humaines à un moment historique (ou "historial") où ces sciences tendent, en leur orientation dominante, à s'emparer de la société pour y supprimer l'historicité."

(p. 409)

Michel Freitag (2013). Dialectique et société, volume 3 : Culture, pouvoir, contrôle. Les modes de reproduction formels de la société. Montréal : Liber.

25 juin 2026

Le temps

Dans le temps, je croyais avoir le temps car il avançait lentement. Devant, il y avait tant de temps que je ne prenais pas le temps de prendre mon temps. Je perdais donc mon temps puisque j'en avais autant.

Aujourd'hui, le temps avance si vite et le temps me manque. Je sens le temps pressé par le temps. Devant, il y a de moins en moins temps et je ne peux plus perdre mon temps car je n'en ai plus autant.

23 juin 2026

Une science qui a changé de finalité

Le projet classique de la science - la connaissance objective du monde tel qu'il est en lui-même - a cédé le pas à une nouvelle visée, laquelle consiste à contrôler l'environnement (social et naturel), contrôle fondé sur la prévisibilité des conséquences de l'action des humains sur le monde (social et naturel).

Quand Michel Freitag critique le pragmatisme

Pour Michel Freitag (sociologue québécois décédé en 2009), le pragmatisme n'est pas seulement une simple école philosophique, il représente le fondement idéologique majeur qui légitime la dissolution des structures normatives, symboliques et politiques de nos société au profit d'une gestion purement technique de la réalité.

Quand le fonctionnel prend le pas sur le sens

  • Une dissolution du symbolique : Le pragmatisme réduit toute action et toute pensée à leur seule utilité pratique. De sorte que le sens d'une institution ou d'une idée ne se mesure plus par sa valeur symbolique intrinsèque ou encore à sa légitimité historique, mais uniquement à son efficacité opérationnelle.

  • La perte du jugement critique : En évacuant les repères transcendantaux ou a priori (la justice, la vérité absolue, le bien commun), le pragmatisme remplace le débat démocratique et la réflexion sur les fins par une simple recherche de consensus technique sur les moyens.

Quand la science est réduite à n'être qu'une technologie de gestion

  • Ingénierie sociale : La vision pragmatique du monde transforme la société en un vaste système à réguler. Les problèmes sociaux, politiques ou écologiques ne sont plus traités à travers une délibération morale ou politique, mais réduits à des dysfonctionnements techniques que des experts peuvent « régler » (problem solving)

  • Gestion technocratique : C,est ainsi que le gouvernement des hommes devient une simple administration des choses, où l'algorithme, la statistique et l'évaluation quantitative remplacent le politique.

Quand le pragmatisme fait alliance avec la globalisation capitaliste

  • Légitimation du capitalisme financier : Le pragmatisme est l'allié philosophique naturel de la globalisation capitaliste. En prônant une flexibilité totale et une adaptation permanente aux flux du marché (« être pragmatique »), il désarme toute velléité de résistance idéologique ou de préservation des cultures locales.

  • Érosion de la liberté historique : En enfermant l'humanité dans l'adaptation perpétuelle au présent et au donné technique, le pragmatisme détruit la capacité des sociétés à s'auto-produire de manière consciente et à projeter un projet d'émancipation politique.

Voir : https://fr.wikipedia.org/wiki/Michel_Freitag

Un comble

Dans un monde ivre de divertissement, le comble est de consommer les autres cultures par le voyage en se donnant l'illusion de l'ouverture à la différence.

18 juin 2026

Savoir

 Savoir que l'on ne sait pas est le plus important des savoirs.

Croyances

Plus souvent qu'autrement, on considère que les croyances des autres sont de simples croyances et que nos croyances sont des vérités.

Penser

 Il ne suffit pas de penser que l'on pense pour penser.

09 juin 2026

Deux postures extrêmes vis-à-vis la science

Deux postures extrêmes

1- celle qui fait de la science une « entité » hors sol aux caractéristiques très restreintes sur les plans ontologique, épistémologique, méthodologique; 

2- celle qui ramène la science à une pratique sociale dont les savoirs ne se distinguent aucunement de ce qui se crée dans les autres sphères de la société.

Un oubli

Les approches psychologiques ont la fâcheuse habitude d'ignorer le rapport dialectique entre l'individu et la société.

08 juin 2026

Éloignement

Au fur et à mesure que les sciences de l'éducation se rapprochent des milieux de pratique, elles s'éloignent de la théorie, pourtant visée incontournable de toute science.

Dérive techniciste

Les sciences de l'éducation sont devenues de simples techniques pour répondre aux " besoins" des milieux scolaires. Si cela n'est pas illégitime - loin de là - c'est à tout le moins extrêmement réducteur et le plus souvent peu scientifique.

04 juin 2026

Écouter...

Si nous apprenions de nouveau à nous mettre à l'écoute des vrais grands, le monde s'en porterait beaucoup mieux.

Mise à mort

Actuellement, le despotisme de l'instantané et de l'émotion tue la rationalité et la sagesse.

Petite question

 Où sont les hommes et les femmes justes, humbles et sages dont le monde a tant besoin ?

Questionnement

À l'instar des Allemands, qui se sont demandés au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, «comment avons-nous pu laisser faire cela ?»... Nous nous interrogerons, nous aussi, sur les raisons qui expliquent notre apathie devant le saccage du monde par les puissants.

Il fut un temps...

Il fut un temps où les universités étaient des universités, imparfaites, certes, mais tout de même...Elles ne sont plus, désormais, que des usines à travailleurs qualifiés et des boîtes de consultants pour «partenaires socio-économiques» (lesquels, d'ailleurs, sont toujours moins sociaux qu'économiques).

Moralité et tyrannie

L'expérience nous montre que ceux qui se croient les plus moraux finissent toujours par devenir des tyrans pour les autres.

Liberté et servitude

La liberté est anxiogène, exigeante et incertaine pendant que la servitude est rassurante. Cela explique pas mal de choses.

Course vers nulle part

À tous courir comme des possédés après on ne sait quoi, nous restons désillusionnés et vides intérieurement.