Pour lui l'I.M. est une illusion théorique qui confond l'idéologie néolibérale moderne avec la réalité ontologique de la société.
Premièrement, l'individualisme méthodologique commet une erreur acceptant l'idéologie de son époque. En effet, postuler que l'être humain est un acteur autonome guidé essentiellement par ses besoins et ses choix rationnels est moins une vérité scientifique universelle que l'expression de l'idéologie bourgeoise, libérale et capitaliste. Faire de l'individu un être autosuffisant, cela revient à légitimer le modèle économique du marché plutôt qu'expliquer les dynamiques sociales réelles.
Deuxièmement, l'I.M. contribue à détruire le concept de société car il provoque « l'oubli de la société ». Freitag rappelle que l'être humain n'existe pas avant le tout qu'est la société. Celle-ci est une totalité concrète, historique et significative qui engendre l'individu. Se concentrer uniquement sur le niveau « micro » fait ne sorte que l'IM. ne peut saisir le sens global des institutions et des cultures.
Troisièmement, l'I.M. peut être vu comme un symptôme d'une certaine dérive à savoir la dissolution du lien social. Si la société s'organise uniquement autour d'individus (lesquels sont pensés comme cherchant avant tout à maximiser leurs intérêts personnels), cela entraîne la disparition de la normativité partagée et de l'intersubjectivité. De la sorte, l'action sociale se vide de sa substance symbolique et devient une simple gestion technique, procédurale et managériale de flux et d'intérêts.
Quatrièmement, au lieu de défendre la liberté de l'acteur comme il le prétend, l'I.M., en réduisant l'action humaine à un simple calcul d'utilité (à l'instar du comportement d'un consommateur), présente en fin de compte l'être humain comme un rouage plus ou moins passif des mécanismes de marché. L'I.M. voit la liberté comme une propriété individuelle quand elle est plutôt une construction sociale et politique (à travers les institutions et une culture partagée).
RÉFÉRENCES :Freitag, M. (2011). La connaissance sociologique. Dialectique et société. Volume 1. Montréal: Liber. Première parution en 1986.
Freitag, M. (2002). L’oubli de la société. Pour une théorie critique de la postmodernité. Québec : Les Presses de l’Université Laval.
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