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09 février 2024

Étudier le « social » : vision herméneutique

Dans l'étude de l'humain, toute conception de la « vérité » précède inévitablement le développement de toute méthode ou interprétation.

C'est notre pré-compréhension d'un phénomène social (texte, pratique, etc.) qui permet l'interprétation.

Notre pré-compréhension d'une « vérité » produit la méthode plutôt que l'inverse; les méthodes viennent après coup.

On se confronte à un objet d'étude à partir d'un horizon de compréhension, lequel génère les questions et aiguillonne vers des réponses possibles.

Mais, cet horizon de compréhension n'est qu'un départ. Y rester pris serait se condamner au solipsisme.

Pour étendre son horizon de compréhension, il faut établir une relation dialogique avec le phénomène étudié.

C'est par cette relation dialogique que la fusion des horizons est possible.

Cette fusion des horizons est la rencontre entre le sujet, la tradition (constituée notamment des pré-compréhensions) et le phénomène.

Cela débouche sur une nouvelle interprétation du phénomène.

Comme l'a bien montré Gadamer, en matière de sciences humaines et sociales, la « vérité » ne vient pas d'abord de la méthode.

Gadamer, H.-G. (1996). Vérité et Méthode. Les grandes lignes d’une herméneutique philosophique. Paris : Seuil. Collection « L’ordre philosophique ». Paru originellement en allemand en 1960.


08 février 2024

Fourvoiement

Dans notre époque prométhéenne, la capacité à produire le changement est souvent vue comme l'équivalent de la rationalité.

06 février 2024

Sur Gérard Bouchard (2023). Pour l’histoire nationale. Valeur, nation, mythes fondateurs, Boréal.

À partir de 2006 s’est déroulé au Québec le plus important débat sur l'enseignement de l'histoire. Dans ce débat, Gérard Bouchard, est resté à l'écart. Il prend maintenant la parole dans cet ouvrage majeur.

Il faut savoir que le programme ministériel de 2006, Histoire et éducation à la citoyenneté, niait ou marginalisait, la nation canadienne, devenue canadienne-française puis québécoise tout comme les questions qui lui sont liées telles l’oppression ou l’affirmation nationales. Un débat, très dur entre spécialistes s’en est alors suivi. Finalement, à la suite du rapport du ministère de l’Éducation, le programme a été modifié substantiellement afin de remettre à l'ordre du jour la question nationale.

Gérard Bouchard analyse cette problématique avec attention et minutie. Les tenants et aboutissants du concept de nation sont ainsi investigués. L’auteur note qu'il est étonnant et décevant que, même depuis 2017, « le lien affectif à la nation ne fasse pas partie des finalités de l’enseignement. » (p. 64) Pour pallier à cela, il analyse nos mythes nationaux, dont le principal est la Conquête de 1760 et propose de les intégrer davantage à l’apprentissage. Il insiste également sur l’intégration de la diversité – et des questions autochtones- tout en n’oubliant pas la majorité historique. Pour lui, les valeurs historiques à promouvoir davantage « sont les repères dont on s’attend à ce qu’ils orientent le devenir d’une nation, ordonnent ses choix, nourrissent les identités et inspirent les comportements. » (p. 80).

Bouchard soutient que la nation et ses valeurs à mettre de l’avant en enseignement « sont indissociables d’une forme quelconque de nationalisme. […] Le nationalisme qu’il faut viser, c’est celui qui suscite chez ses membres un attachement et un désir de progrès dans la poursuite d’idéaux élevés et dans le respect des autres nations. » (p. 218). Enfin, le récit et l’émotion devraient, selon lui, tenir une place plus importante dans l'enseignement de l'histoire.

Un ouvrage très riche en réflexions et fort éclairant sur les enjeux et défis de l'enseignement de l'histoire dans une petite nation non souveraine comme celle du Québec.

05 février 2024

Générativité en recherche qualitative

Les quatre critères de scientificité généralement admis en recherche qualitative :

Crédibilité;

Transférabilité;

Fiabilité;

Confirmabilité.

Est-ce que l’usage de ces critères qui répondent terme à terme aux critères issus du quantitatif est bien approprié pour le quantitatif ? 

Si le qualitatif souhaite vraiment prendre en compte le contexte – ce qu’il affirme – doit peut-être s’éloigner des critères calqués sur ceux issus du quantitatif, lesquels font justement l’impasse sur le contexte. Ce concept renvoie à une manière de comprendre la « scientificité » de la RQ différemment. La générativité prend en quelque sorte la place de la généralisation. Elle signifie la capacité qu’une recherche a de stimuler et de participer à la production de nouveaux objets d’étude, de perspectives inédites, de méthodes novatrices de cueillette, etc : 

« L’appréciation de l’apport d’une recherche qualitative, sa validité scientifique, se rapporte alors aux idées et aux distinctions qu’elle permet de générer. » (Proulx, 2019, p. 64) 

« La question de la générativité s’inscrit dans une conception des recherches qualitatives qui n’est pas linéaire. Les recherches qualitatives ne sont plus des entreprises orientées vers la découverte de réponses et de solutions statiques, universelles et intemporelles, voire l’offre de réponses toutes faites pour résoudre des problèmes prédéterminés, c’est-à-dire émanant d’une vision technico-rationaliste, dit Schön (1983). Elles s’arriment avec l’idée de contribuer et de participer à l’avancement des compréhensions (de toutes sortes) et de produire de nouvelles idées (de toutes sortes). Tournée vers le futur et l’avancement des compréhensions, l’intention des travaux en recherches qualitatives sous l’angle de la générativité n’en devient plus d’offrir un état de fait sur ce qui est et comment ceci l’est : on ouvre plutôt la porte au possible et à ce qui peut arriver. C’est en ce sens que les recherches qualitatives participent au développement de nouvelles problématiques de recherche, de nouvelles questions, de nouvelles connaissances scientifiques, de nouvelles distinctions, de nouvelles dynamiques de recherche, qui en génèrentde nouvelles à leur tour. Et c’est l’ensemble des éléments d’une recherche qui possède un potentiel de générativité : de la façon de formuler les questions de recherche aux outils méthodologiques et d’analyse, en passant par la façond’aborder et de ficeler les enjeux et ancrages théoriques, jusqu’aux résultatseux-mêmes. » (Proulx, 2019, p. 64)

(Le) « caractère situé, contingent et historique de la générativité en fait une dimension bien arrimée au caractèresitué, contingent et surtout dynamique des recherches qualitatives. » (Proulx, 2019, p. 64)

Référence :

Proulx, J. (2019). Recherches qualitatives et validités scientifiques. Recherches qualitatives38(1), 53–70. https://doi.org/10.7202/1059647ar